Un point sur les pesticides et un autre sur les PFAS. Le très sensible ordre du jour de la commission conjointe de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé, mercredi matin, était chargé. Trop pour la ministre de la Santé, Martine Deprez (CSV), qui a dû s’éclipser avant de pouvoir répondre aux questions des députés.
La ministre de l’Agriculture, Martine Hansen (CSV), n’a pas dévié d’un iota sur ses positions. Pomme rouge dans la main, elle a une nouvelle fois assuré que la consommation des fruits et légumes luxembourgeois était sans risque. Son principal regret porte sur la campagne de presse qui a suivi la publication de l’étude de PAN-Europe, ayant démontré que les pommes du pays étaient parmi celles portant le plus de résidus de pesticides en Europe. « C’est extrêmement dommage, ce n’est pas cela qui va motiver l’installation de nouveaux producteurs », a-t-elle relevé, laissant très vite la parole au directeur de l’Administration luxembourgeoise vétérinaire et alimentaire, Danny Züst. Suivant la ligne de sa ministre, celui-ci a répété que tant que les doses de pesticides repérés se trouvaient sous les limites légales, elles étaient sans danger.
Or depuis une quinzaine d’années, le dogme « c’est la dose qui fait le poison » est sérieusement remis en question. De nombreuses études récentes de prestigieux instituts (Inserm, INRAE, universités de Berkeley, de Columbia…) ont conclu à des présomptions fortes de toxicité des pesticides, même aux doses journalières permissibles. Mais personne, au ministère, n’a parlé de ces risques de développement de cancers, de la maladie de Parkinson, de diabète, de troubles de la fertilité, de troubles cognitifs…
Au moins, le ministre de l’Environnement Serge Wilmes (CSV) a reconnu que les PFAS étaient un grave problème et qu’il était indispensable de s’y atteler. Il a finalement présenté le très attendu rapport du groupe interministériel sur les PFAS (lire d’Land du 6 mars), présidé par Tom Schaul, de la direction des Ressources naturelles, de l’eau et des forêts, au ministère de l’Environnement. Ses conclusions sont inquiétantes. La dangerosité des polluants éternels pour l’environnement et la santé humaine sont une évidence, mais les données manquent, tant pour cartographier les pollutions que pour connaître précisément la teneur des dangers encourus. « Ce ne sont que les premières conclusions, nous devons continuer à développer nos connaissances », a assuré le ministre qui s’est engagé à pérenniser le groupe interministériel et y ajoutant des représentants du ministère de l’Économie, pour aborder la question des PFAS dans l’industrie.
Dans le document de 70 pages présenté mercredi, un plan d’action prévoit quarante mesures distribuées selon quatre axes : la connaissance, la surveillance, l’action et la sensibilisation.
Si les députés ont été pris de court, n’ayant reçu le rapport qu’au début de la commission, au moins ils pourront l’étudier avant l’interpellation demandée par Claire Delcourt (LSAP) sur le même thème, qui aura lieu à la Chambre mercredi 18 mars.