Chroniques de l’urgence

L’angle mort des subventions

d'Lëtzebuerger Land du 10.12.2021

Parmi les nombreux points où le communiqué final de Glasgow laisse à désirer, il y en a un qui est particulièrement révélateur de l’absence d’une dynamique sérieuse de décarbonation : les subventions dont bénéficient les combustibles fossiles y sont mentionnées, mais d’une façon si alambiquée qu’il en ressort clairement l’intention d’une majorité de pays de les laisser en place. Au nom du soutien dont a besoin une « transition juste », l’objectif officiel est de renoncer aux subventions dites « inefficaces ».

À l’issue du sommet, beaucoup de médias ont insisté sur l’apparition dans la déclaration finale d’un passage sur la nécessité d’en finir avec le charbon, signalant que l’Inde et la Chine avaient pesé de tout leur poids, à la vingt-cinquième heure, pour qu’il soit fortement édulcoré : il s’agit de le « réduire » là où l’on espérait que l’on s’engagerait à l’« éliminer ». La plupart omettaient de signaler que les États-Unis et d’autres pays ont insisté pour que le mot charbon soit affublé du qualificatif « unabated » (non mitigé), alors que c’est tout aussi inquiétant.

Or, « l’éléphant dans le salon » de ces pourparlers, c’est l’absence d’engagement sérieux sur les subventions. Car si Patricia Espinosa, la secrétaire générale de la Convention-cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, a déclaré sans ambages qu’elle aurait « préféré une déclaration très claire sur l’abandon du charbon et l’élimination des subventions aux combustibles fossiles », rares ont été ceux à aborder le second angle.

Or, tant que le démantèlement de ces subventions ne fera pas l’objet d’engagements vérifiables, l’humanité restera accro aux énergies fossiles. Certes, les énergies renouvelables, de moins en moins chères, progressent, mais cette évolution est insuffisante pour deux raisons. La première est qu’il ne suffit pas que les renouvelables augmentent : pour que les émissions baissent, elles doivent remplacer les énergies fossiles. La seconde est que ce mantra, ancré dans les concepts chers aux économistes (mais presque toujours absents de la réalité économique), d’une concurrence pure et parfaite et d’une égalité de traitement, ignore à quel point les subventions de tout poil favorisent le pétrole, le gaz et le charbon.

Si l’on s’en tient aux subventions directes, celles-ci se situent dans une fourchette située entre 775 et 1 000 milliards de dollars par an, selon les calculs du site priceofoil.org. Mais ce site se réfère à une étude du FMI de 2015 qui arrive au chiffre annuel de 5 300 milliards de dollars en incluant les « externalités », c’est-à-dire les dégâts causés par les énergies fossiles aux plans climatique, environnemental et sanitaire, soit dix millions de dollars par minute. Face à ces montants incommensurables, la notion-même que des négociations internationales vont faire le tri entre subventions efficaces et inefficaces est illusoire et hypocrite.

Jean Lasar
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