Faut que ça brille

d'Lëtzebuerger Land du 10.12.2021

Depuis quelques semaines, les rues et les intérieurs des maisons ont commencé à se parer de lumières, boules, sapins, étoiles, et autres décorations de saison en tous genres à l’occasion de cette période unique et particulière que sont les fêtes de fin d’année. Pour la partie extérieur, chaque commune, voire chaque quartier développe son propre et souvent unique concept artistique de décoration de Noël qui viennent envahir l’espace public parfois dès les premiers jours de novembre. On ne va pas se mentir, si parfois c’est plutôt réussi, c’est souvent d’un goût douteux, parfois aveuglant, avec comme objectif principal que ça brille le plus possible.

Prenons par exemple le Rousegäertchen, connu également sous le nom place des Martyrs, petit parc au milieu de l’avenue de la Liberté, dont le nom évoque les multiples rosiers qui le jalonne, en souvenir de la Belle époque, lorsque le pays était connu comme le Pays des Roses avec pas moins de 260 variétés de roses créées ici. Sur le papier et pendant onze mois de l’année ce jardin a tout d’un petit coin charmant, romantique, aux airs bourgeois du quartier. Et patatra, au mois de novembre, un tunnel immense et brillant semble tout simplement vouloir le dévorer, donnant tout d’un coup à cette petite place discrète et ravissante des airs de démesure digne d’un centre commercial des Émirats arabes. Certes, les traditions sont importantes et la période actuelle est propice à l’exagération de l’effet « magie de Noël », mais sommes-nous vraiment obligés d’en prendre autant et littéralement plein la vue ?

Pour répondre à cette folie décoratrice de Noël qui semble piquer autant les pouvoirs publics que la plupart des individus chaque année, et sans vouloir jouer au « grinch », allons chercher les origines de tout cela. Sans surprise, de multiples théories plus ou moins fantasques rivalisent sur le sujet, qui n’ont cette fois-ci, aucun lien avec une boisson gazeuse très sucrée habillée aux couleurs du père Noël. Toutes les sources semblent s’accorder sur une époque, le Moyen Âge, et une période, le solstice d’hiver (le 21 décembre pour ceux qui vivent dans l’hémisphère nord). Dans la tradition païenne, l’arbre représente le renouveau de la vie. Quoi de mieux alors que de le mettre au centre des célébration lors du solstice d’hiver qui annonce, non sans mal, le retour progressif vers les « beaux jours ». Les chrétiens vont s’emparer de ce symbole pour en faire l’arbre du paradis, faisant référence à la croix du Christ dont le rôle sur terre et dans les cieux est de sauver l’humanité, rien que ça, en toute humilité. L’origine voudrait que ça soit un pommier, ou un arbre orné de pommes, en référence au fruit défendu et toute la souffrance que ce fruit a engendré sur toute la terre et pour l’éternité. Trouver des pommiers en fruit en plein mois de décembre, soyons honnêtes, n’est pas la tâche la plus évidente. Le sapin s’est donc très vite imposé comme arbre de saison, orné de pommes, rondes, rouges… tout le monde suit ? Sont venus s’ajouter toutes sortes d’objets ronds et rouges, puis en pénurie de pommes, on a commencé à fabriquer des boules en verre, puis en plastique, puis avec des paillettes à l’extérieur et du polystyrène à l’intérieur, de toutes les couleurs, même les plus improbables. On a ensuite ajouté l’étoile tout en haut du sapin, représentant l’étoile de Bethléem et les bourgeois pour se démarquer ont agrémenté leurs arbres de bougies (n’essayez pas à la maison, les pompiers vous remercient).

Les guirlandes et autres pollutions lumineuses (et sonores) ont quant à elles plus de lien avec l’invention de Thomas Edisson (les guirlandes ont été inventées par un proche, Edward Hibberd Johnson), la mondialisation, et donc avec la boisson américaine très sucrée aux couleurs du père Noël, qu’avec une quelconque tradition ou idée de vouloir éclairer l’obscurité des jours les plus sombres. Un petit conseil pour la déco ? Tous les magazines et blogs de décoration s’accordent pour un Noël 2021 avec un retour (surprenant) au végétal, au naturel, à l’écoresponsable et aux couleurs vert et rouge, avec une pointe de folie rétro. Sur ces bons conseils, prenez donc un arbre, des pommes rouges et quelques bougies, c’est végétal, naturel, écoresponsable, vert et rouge. Emmenez-les mêmes sur la place des Martyrs, pour habiller les si beaux et délicats rosiers.

Mylène Carrière
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