Arthur de Pins clôt sa série Zombillénium avec un sixième tome intitulé Sabbath Grand Derby.
Douze ans après le premier opus de la saga, l’auteur arrive encore à surprendre

C’est la lutte finale

d'Lëtzebuerger Land vom 04.11.2022

Il y a eu Gretchen, en 2010, Ressources humaines en 2011, Control Freaks en 2013 puis une pause pour la bande dessinée pendant laquelle Arthur de Pins s’est consacré à Zombillénium, son film. Sorti en 2017, le long-métrage d’animation, qu’il a coréalisé avec Alexis Ducord, s’intègre pleinement à la série. Ont suivi La Fille de l’air en 2018, Vendredi noir en 2020 et voici donc Sabbath Grand Derby qui vient de paraître vendredi dernier, à quelques jours d’Halloween.

Pour ceux qui auraient raté l’existence de cette saga mélangeant horreur, fantastique et humour noir, rappelons qu’elle raconte la vie hors du commun d’un parc d’attraction installé sur une ancienne mine dans une zone économiquement délabrée du Nord de la France. Un parc d’attraction dont le but est de divertir les visiteurs, mais aussi et surtout de leur faire peur. Ici, Les travailleurs sont des vampires, des démons, des loups-garous, des momies, des sorcières et bien évidemment ceux à qui le nom du parc fait référence, des zombies. Des vrais, pas des intermittents du spectacle en attente d’un meilleur rôle. Ici les contrats sont à durée totalement indéterminée et toute absence ou manquement au règlement intérieur très strict du parc envoie le fautif directement en enfer.

Dirigé, au début de la série, en bon père de famille par le créateur des lieux, le vampire Francis von Bloodt, le parc d’attraction et surtout les âmes qui lui sont attachées – il faut toujours lire les petits caractères des contrats, dans les tickets de Zombillénium il est précisé que pendant la présence dans le parc, les âmes des visiteurs appartient à Behemoth, un des maîtres des enfers par ailleurs principal actionnaire du parc – vont rapidement éveiller les appétits de ses actionnaires démoniaques, qui vont réclamer de meilleurs rendements à l’équipe. Des rendements qui vont rapidement augmenter de manière exponentielle et, du coup, mettre l’eau à la bouche d’autres démons. Une guerre froide va alors éclater, dans les profondeurs, entre actionnaires pour la présidence du parc, tandis qu’en superficie, l’équipe proche de von Bloodt – depuis démis de ses fonctions – va se battre pour refaire de Zombillénium un lieu où on vient pour avoir peur, certes, mais d’où on ressort vivant et en bonne santé.

Sabbath Grand Derby débute à l’exact moment où Vendredi noir s’achève. Lors d’une nocturne spéciale, les visiteurs sont bloqués à l’intérieur du parc. « Opération commerciale ? Acte terroriste ? Mouvement syndical ? », demande une jeune reporter en direct à la télé devant les grilles de Zombillénum. Rien de tout cela en fait. C’était simplement une sorte de jour des soldes pour les démons actionnaires, qui peuvent ainsi faire le plein d’âmes toutes fraiches. Ce sixième tome commence au petit matin suivant. Francis von Bloodt vient de se sacrifier pour emporter avec lui celui qui l’a remplacé à la tête du parc, Jaggar. Ses proches ont pendant ce temps réussi à sauver quelques humains présents sur place, et à en cacher une trentaine d’autres. Ce qui donne une nouvelle idée aux patrons des lieux, ce Sabbath Grand Derby.

Un jeu télévisé entre Running Man, Rollerball, Quidditch et épervier. Pour faire simple, les humains restants doivent traverser une arène où se trouvent cinq sorcières, sponsorisées chacune par un actionnaire du parc. S’ils arrivent à l’autre bout, ils sont libres de partir, mais s’ils sont touchés par la mystérieuse balle pour laquelle les sorcières doivent se battre – et on peut dire que tous les sales coups sont permis –, ils sont transformés immédiatement en zombies. Une fois devenus zombis, s’ils touchent un humain, ce dernier est également immédiatement transformé en mort-vivant. Quant aux sponsors des sorcières, ils ont chacun misé un grand nombre d’âmes sur leur sorcière bien aimée, ce qui fait que, le sponsor de la gagnante deviendra le nouveau président de Zombillénium. Les anciens proches de von Bloodt, ont tout misé sur Gretchen, dans l’espoir d’arriver, enfin, à libérer toutes ces âmes maudites, mais aussi tous les monstres travaillant dans le parc.

Avec ce sixième tome, Arthur de Pins offre une véritable fin aux fans de sa série. Une fin complexe, pleine de rebondissements. Le style graphique de l’auteur, entièrement réalisé sur ordinateur, avec des aplats de couleur et des personnages sans contours n’a pas pris une ride. Le ton décalé, plein d’humour loufoque, de répliques qui claquent et de clins d’œil aussi bien à la mythologie qu’à la pop-culture qui ont grandement participé au succès de la saga sont toujours bien présents. Cela tout en proposant une réflexion pertinente sur l’exploitation par le travail, le déclassement par l’absence de celui-ci, les luttes sociales au sein des entreprises, la cupidité des grandes fortunes ou encore la place des femmes dans notre société.

Le très grand nombre de personnages de ce dernier chapitre impose, quasiment, de reprendre l’ensemble des albums – et le film – pour en saisir toutes les subtilités. Peu importe, la relecture complète de la saga est un plaisir ; elle permet même de (re)découvrir plusieurs détails amusants. Et si ce nouvel album propose une lutte finale qui clôt véritablement ce récit, l’auteur pense ne pas en avoir tout à fait fini avec l’univers de Zombillénium. Il envisage un spin-off racontant notamment la création du parc ainsi que d’autres expériences audio-visuelles : une série télé et un second long-métrage. Histoire de continuer à faire frissonner les fans.

Zombillénium, T6, Sabbath Grand Derby, d’Arthur de Pins. Dupuis

Pablo Chimienti
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