Belval-Ouest

Un investissement coup d'envoi

d'Lëtzebuerger Land du 08.03.2001

Les jours à venir pourraient constituer à leur façon une sorte de faire-part de naissance - ou plutôt de renaissance - pour les quelque 650 hectares de friches industrielles (voire même quasi le double à long terme) de l'Arbed.

Selon des informations obtenues à excellentes sources, la société mixte « Agora », constituée à 50/50 par -l'État et l'Arbed (le premier amenant un capital de 50 millions d'euros, la seconde ses terrains estimés, selon certains, à une valeur supérieure à celle apportée par l'État), et où les communes de Esch-sur-Alzette et de Sanem disposent de représentants au conseil de gérance, va en effet annoncer dans les jours à venir « un important projet d'investissement ». Celui-ci sera « porté par un investisseur de premier plan du secteur bancaire et concernera les secteurs de l'informatique et de la logistique ». Selon des informations de sources proches du gouvernement, cet investisseur ne serait autre que Dexia/Bil. Aucune des parties concernées n'a accepté de s'avancer sur des chiffres, mais il nous a cependant été précisé que « cet investissement, de plusieurs milliards, permettra la création de plusieurs centaines d'emplois ».

En outre, le « master plan » d'aménagement du site, présenté il y a peu par le ministre de l'Intérieur, Michel Wolter, fera l'objet de la première présentation au public, à Esch-sur-Alzette, ce 16 mars. Avec maquettes, panneaux explicatifs et même site internet. On entrera ainsi dans le concret, d'autant que la société cinématographique Utopia s'est elle aussi engagée - les travaux du complexe cinématographique pourraient être lancés au début de l'année prochaine -, ce qui signifie qu'elle a reçu toutes les garanties pour ne pas ériger son complexe « au milieu de nulle part ».

Du côté de l'Arbed, la personne en charge du dossier des friches industrielles, Robert Dockendorf, a admis la justesse de nos informations, mais s'est refusé à tout commentaire, se bornant à souligner que « la semaine prochaine, il y aura plus de détails et nous nous ouvrirons au public ». Sur le plan des généralités, il nous a précisé que sur les quatre sites prioritaires retenus, « ce sont les projets relatifs à Belval qui sont les plus avancés ». « Les études sont en cours pour déterminer les besoins précis en travaux d'infrastructure, les liaisons avec les infrastructures régionales et nationales, les transports en publics, etc. De même que le concept d'assainissement des terrains, déjà discuté avec les communes et qui sera également très bientôt présenté au public. Ces assainissements, pris en charge par l'Arbed, seront fonction des futures affectations. »

Chez Utopia, Nico Simon ne lève pas plus le voile du secret, mais donne quelques indications quant au projet de complexe cinématographique. « Nous en terminons l'avant-projet et attendons l'établissement du plan d'aménagement particulier (PAP). Nous serons fixés en avril - mai et nous démarrerons les travaux au plus vite, sans doute début 2002, pour que l'ouverture des huit salles pour un total de 1 800 places ait lieu à l'automne. L'investissement de base est de 350 millions mais évoluera encore. Le tout sera conçu selon le même concept que notre complexe Utopolis, avec tout autour des activités de loisirs. Cet aspect est pris en charge par Agora.» En expliquant qu'il est « évident que nous ne nous implanterons pas si nous n'avons pas toutes les garanties quant au développement de la zone », M. Simon ne fait rien d'autre que clairement sous-entendre que toutes ces garanties sont désormais acquises. Surtout qu'il enchaîne : « Les idées soumises lors des derniers développements du projet de réaffectation des friches représentent une nette amélioration par rapport à ce qui était proposé il y a seulement un an. Il s'agit cette fois d'un vrai développement urbain. Nous croyons beaucoup au site qui sera de fait partie intégrante à la fois de Esch-sur-Alzette et de Soleuvre. C'est un lien d'intégration entre ces deux villes, pour autant qu'il y ait création d'un lien entre le centre de Esch et Belval, en voiture comme en transport public. Mais nous avons reçu tous les apaisements. Il s'agit d'un working progress. L'État et l'Arbed ont apporté beaucoup de changements qui nous enchantent. Le retard subi se transforme dès lors en avantage qui permettra un développement différent et bien meilleur ».

À la Ville de Esch-sur-Alzette, le discours de la bourgmestre, Lydia Mutsch, est teinté d'enthousiasme et d'in-quiétudes.  Là, encore, notre in-terlocuteur se refuse à tout com-men--taire sur le projet bientôt an-noncé. Elle précise cependant la position des autorités qui ont discuté le projet de master plan mercredi matin, lors du conseil communal. -«Le ministre Wolter nous a demandé une évaluation pour fin avril - début mai, de manière à ce que la version définitive puisse commencer à être élaborée fin mai. Tous les acteurs concernés - Agora, l'Arbed et les communes de Esch et de Sanem - font actuellement des évaluations internes, parfois en ayant recours à des sociétés de consultance, pour déterminer leur position finale. Ici, à Esch, nous avons fait appel à une société allemande pour évaluer les répercussions du dossier des points de vue économique, social et urbanistique. » C'est là que se situent les craintes. « Il y a en effet des points obscurs », explique Mme Mutsch. « D'abord, selon nous, le chiffre de 130 millions avancé par l'Arbed pour l'assainissement des terrains de Belval est très mince et très peu ré-aliste. En outre, la fusion entre les groupes Arbed, Usinor et Aceralia interfère dans ce dossier car tous les projets sur les terrains des hauts-fourneaux sont hypothéqués par cette actualité. La stratégie de développement du nouveau holding sidérurgique pourrait passer par la volonté d'étendre les activités industrielles de l'Arbed. Nous craignons qu'alors le projet de Cité des scien-ces ne soit plus compatible avec ce développement industriel riverain. Il y a d'ailleurs déjà des ru-meurs qui indiquent que ce projet n'est plus la priorité du gouvernement, qui en est le maître d'oeuvre. Enfin, l'étude qu'effectue l'Arbed sur le bruit et la rentabilité par rapport aux exigences du master plan pourrait amener des surprises pas trop agréables. Or, pour nous, il ne suffit pas de faire éventuellement un nouveau quartier avec la Cité des sciences et les infrastructures relatives (logement, commerces, etc.), mais il faut impérativement à côté une zone industrielle performante et à haute technologie. Sans quoi, les deux sont contradictoires. »

Du coup, pour la bourgmestre, la prochaine annonce d'un investissement lourd a valeur d'un message au gouvernement et à l'opinion pu-bli-que : « C'est la preuve pour tous que des investisseurs potentiels désirent venir à Belval, avec tout ce que cela signifie en termes d'emplois et de retombées directes et indirectes. Ce premier accord est aussi un message au gouvernement pour lui signifier qu'il doit accélérer les projets nationaux que sont la Cité des sciences et la Halle du rock tout en avançant au plus vite dans tout ce qui peut renforcer l'attrait de la zone : les infrastructures routières, de parking, la zone verte, les terrains publics, etc. »

Pour ce qui est de l'immobilier, la Ville ne connaît actuellement, outre l'investisseur du secteur bancaire, que la société Utopia comme représentants du secteur privés réellement engagés. 

« Le logement sera implanté à Sanem, puisque les terrains concernés n'ont connu aucune contamination. Nous avons formulé des idées communes puisqu'il s'agit d'un nouveau quartier qui concerne aussi Esch, par son aspect d'interconnexion entre les deux cités. Il faudra des crèches, des écoles, etc., mais dans un concept que nous voulons haut de gamme et innovateur aussi bien en architecture qu'en urbanisation ou encore en matière d'utilisation de l'énergie. »

Mais, selon nos informations, des surprises - positives - pourraient aussi venir à plus log terme via le projet de Cité des sciences. Différents milieux universitaires luxembourgeois, belges et français indiquent travailler à un projet commun dont le centre serait au Luxembourg, « la Cité des sciences étant le lieu idéal». La recherche scientifique et les synergies à y effectuer au niveau de la Grande région devrait n'être que le point de départ d'une idée « beaucoup plus ambitieuse », celle d'une véritable université transfrontalière, qui donnerait aussi au Luxembourg l'essor tant souhaité en formation supérieure. Au passage, cela donnerait aussi une consistance plus forte à cette Grande région Sar-Lor-LuxWallonie si souvent mise en avant, mais qui n'est encore qu'une réalité économique et sociale trop faible. Le laboratoire qu'a été le concept du pôle européen de développement pourrait à sa façon être un modèle, et une nouvelle concrétisation de l'esprit européen.

D'autant que, là encore, les emplois et les retombées directes et indirectes induites par un tel projet sont considérables. Une idée qui cadre bien avec les projets transfrontaliers de pépinières d'entreprises. Le Technoport Schlassgoart commence précisément à être un peu à l'étroit . Et jette un oeil aussi envieux qu'attentif vers le projet de Cité des sciences.

 

Dossier sur www.land.lu : "Friches industrielles"

 

Marc Vandermeir
© 2020 d’Lëtzebuerger Land