À la découverte de la BnL. Son autoportrait est un exemple de diffusion au service du savoir auprès du public

Savoir-faire

d'Lëtzebuerger Land vom 14.01.2022

Mais où sont passées les Bananekeschten ? À voir l’exposition mise en espace avec des moyens technologiques visuels sophistiqués, l’ère des mythiques caisses en carton est définitivement révolue. C’était synonyme de sympathique raillerie quant aux moyens de transport et de rangement désuets de la Bibliothèque nationale du Luxembourg (BnL) quand elle était en ville dans l’ancien Athénée et disposait comme stockage de l’ancien Eurocontrol désaffecté au Kirchberg.

Cela fait deux ans déjà que la BnL (Bolles & Wilson, architectes) a ouvert avenue Kennedy au Kirchberg. Le temps du chantier et de l’installation menés à bien par Monique Kieffer, celui du rodage terminé, voici l’Autoportrait d’une bibliothèque moderne, sous la houlette de son nouveau directeur Claude Conter (lire son interview dans le Land du 21.05.2021), qui s’expose au premier étage.

L’exposition est une agréable surprise du savoir-faire quant à la diffusion de la formidable boîte à outils qu’est une bibliothèque moderne, qui parmi ses collections compte celle, bien connue des lecteurs du Lëtzebuerger Land et sa rubrique du même nom : « Luxemburgensia », le Fonds des publications luxembourgeoises.

La mise en espace et la lecture de l’exposition (conçue par Bunker Palace) sont aisés sous la forme de diagrammes (par exemple les catégories socio-culturelles et professionnelles des usagers de la bibliothèque), des décomptes (comme le nombre total de documents empruntés, soit 55 424) et autres énumérations chiffrées (notamment les 44 042 téléchargements d’ebooks soit 1,5 volume de terabytes). Cela se sent, l’équipe de la BnL a mis de l’enthousiasme pour faire passer le message du travail de ses services au public. Car en amont, derrière les choix des prêts et ouvrages à consulter sur place, il y a 118 employés (hors personnes externes non gérées par la BnL), qui travaillent sur le dépôt légal du Fonds luxembourgeois et la politique d’acquisition en matière de Fonds non luxembourgeois.

Évidemment, dans la nouvelle BnL, le papier est et reste le support privilégié. On vient y consulter les livres, publications scientifiques, revues, et autres outils de recherche dans la magnifique salle de lecture. Serait-ce lié au fait que l’apprentissage, la connaissance et le savoir ont quelque chose de consacré ? Que tenir l’objet en main sous l’éclairage ad hoc et en silence en fait toujours un lieu à l’atmosphère particulière ? Ce qui est bien confortable, en termes de réduction « réelle » du temps, c’est bien sûr la recherche en ligne et à distance depuis chez soi, des ouvrages empruntables et à consulter sur place avec a-z.lu, eluxembourgensia.lu et la « Bibliographie nationale luxembourgeoise ». La BnL compte aussi un site de consultation de l’archive du web luxembourgeois où sont préservés tous les sites « .lu », sujets (nous citons), « de campagnes de moissonnages extensives en collaboration avec la fondation « Internet Archive ».

La BnL a commencé « petit », dans un lieu de stockage particulier. On apprend ainsi à l’occasion de l’exposition, que c’est en 1798 que la première bibliothèque publique luxembourgeoise – elle deviendra Bibliothèque nationale en 1899 – fut créée sous les autorités françaises, rassemblant celles dissoutes des anciens États de Luxembourg, des Jésuites et autres ordres religieux d’Echternach, Luxembourg et Orval, regroupées dans les combles de l’ancien Athénée… Dans l’exposition, sous vitrine bien sûr, on pourra voir aussi un précieux et curieux livre dit « de ceinture » ou « aumônière » (papier de parchemin, bois et cuir) qui permet quelques vertigineux sauts temporels : entre le voyage médiéval de Guillaume de Baskerville, le héros du Nom de la Rose d’Umberto Eco et la forme virtuelle de la vitesse de circulation actuelle sur le web.

Aujourd’hui, au Kirchberg, les espaces de stockage sont répartis sur cinq étages, divisés à chaque fois en onze dépôts : manuscrits, imprimés rares et précieux, fonds des cartes, plans, atlas et vues, fonds des affiches et des cartes postales illustrées, fonds musical, livres illustrés, d’artistes et estampes, fonds de l’histoire des bibliothèques et du livre au Luxembourg. Dans les vitrines de l’Autoportrait d’une bibliothèque, la BnL, met évidemment en avant sa spécificité nationale et, les « outils » de diffusion du savoir tels la médiation culturelle et le Bicherbus, ainsi que le réseau bibnet.lu. On citera aussi les publications de la BnL dans le domaine de l’édition – d’Land s’est fait l’écho des expositions sur ses photographies anciennes d’Egypte, la gravure d’artistes et beaux livres illustrés (dans les édition du 05.02.2021 et du 14.05.2021). On attend toujours celle du fonds que l’on sait passionnant des affiches. L’une d’entre elles termine l’exposition semblant soutenir notre souhait.

L’exposition BnL Autoportrait d’une bibliothèque,
est à voir jusqu’au 26 février

Marianne Brausch
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