Ticker du 26 mars 2021

d'Lëtzebuerger Land vom 26.03.2021

Delikatessen
« Cela ne tombe pas sous le conflit d’intérêts. Ce n’est pas un problème d’indépendance non plus. » Interrogée cette semaine sur la double casquette portée par Jean-Louis Schiltz (ancien ministre CSV), à la fois président des Hôpitaux Robert Schuman et associé du cabinet Schiltz & Schiltz qui conseille les HRS en matière juridique, la bâtonnière Valérie Dupong réfute tout problème déontologique, même si elle admet « très bien comprendre la discussion et qu’on se pose des questions ». En effet, à l’onglet « déontologie » sur le site barreau.lu est écrit sous le mot clé « Indépendance » que l’avocat est « indépendant du pouvoir, du juge et du client ». N’y-aurait-t-il pas un problème, à tout le moins, d’indélicatesse, si un médecin radié par le conseil d’administration contestait sa radiation devant le tribunal administratif où les HRS seraient représentés par un membre du cabinet juridique du président des HRS ? N’y aurait-il pas des confusions entre les intérêts du client et ceux de l’avocat-président, lesquels convergent ou divergent selon la situaiton ? « Il faut voir au cas par cas, la structure et la gouvernance. Là on est vraiment dans de la dentelle », réagit la bâtonnière qui précise ne pas avoir été saisie par une plainte pour une infraction à la déontologie. Avis aux intéressés. Petite fille et nièce de caciques du parti chrétien-social (respectivement Pierre et Jean) et épouse Krieps, grande famille du LSAP, Valérie Dupong précise ne « jamais avoir eu de carte politique ». pso

Nouveau jour
Après Alipay, Paypal, Amazon ou encore Airbnb, le Luxembourg Business Register accueille ce lundi un nouveau grand nom de la technologie financière internationale avec Novi Financial, la filiale paiements de Facebook. Cette société financière initialement prévue pour loger et échanger la monnaie de Marc Zuckerberg (le Libra, devenu Diem) devrait permettre dans un premier temps d’effectuer des transferts sur les plateformes d’échange du trombinoscope californien tels que Messenger et WhatsApp. Selon plusieurs sources, une demande d’agrément a été introduite et la délivrance du sésame par le ministère des Finances est imminente. Novi Financial Luxembourg est domiciliée avenue Pasteur et est capitalisée à hauteur de 350 000 euros. Un observateur du marché des fintech relève qu’une licence d’émetteur de monnaie électronique, voire de paiement électronique (plus light) permettrait d’opérer ces échanges, via un système de wallet, avant pourquoi pas pour la société de s’orienter vers la banque, un chemin déjà parcouru par PayPal ou N26. Avec trois milliards d’utilisateurs et 800 milliards de dollars de capitalisation boursière, l’arrivée d’un tel acteur dans le monde bancaire fait évidemment frémir. Reste à voir quelle substance Facebook envisage au Luxembourg. Le groupe opère déjà ses paiements européens depuis l’Irlande. pso

Jouer au cinéma
Inspiré par une initiative des cinémas MJR aux États-Unis, Kinépolis (qui a acheté ce réseau de dix salles en 2019) propose de privatiser une salle de cinéma pour visionner un des films à l’affiche à dix personnes. Lancé le 24 février, d’abord au Kirchberg et à Belval, au Ciné Utopia depuis une semaine, le programme « connaît un grand succès », selon Maud Franz, B2C manager, qui refuse de communiquer les chiffres de fréquentation. « Il y a des réservations tous les jours », se borne-t-elle à préciser au Land. « L’aspect exclusif de l’offre séduit les groupes d’amis ou les familles et rassure ceux qui craignent les lieux publics. » Fier de ce succès, le groupe annonce cette semaine une nouvelle offre, Kinépolis Play, où selon le même principe et au même prix (199 euros pour trois heures quel que soit le nombre de personnes, toujours jusqu’à dix), les fans de jeux vidéo pourront réserver une salle de cinéma rien que pour eux. Alors que l’offre de cinéma est directement liée aux films à l’affiche (une trentaine de titres en différentes versions linguistiques, à raison de quatre horaires par jour modulés selon les cibles, les films pour enfants par exemple, ne sont pas disponibles le soir), les gamers doivent apporter leur console et leurs jeux pour vivre l’expérience sur grand écran. Les règles sanitaires en vigueur dans le cinéma restent d’application (notamment le port du masque et l’interdiction de boire et manger). « En voyant que tous les types de films rencontrent un succès, il est très possible que nous poursuivions cette offre au-delà de la crise en l’adaptant aux mesures imposées », affirme Maud Franz. Les salles de cinéma espagnoles sont également ouvertes, à voir si les Kinépolis ibériques suivront l’idée luxembourgeoise. fc

11 500 [sic]
C’est le nombre de contrats d’audit et de conseil que l’État luxembourgeois a signé ces cinq dernières années avec 3 600 [re-sic] « fournisseurs différents ». Voilà ce que dévoilent cette semaine les ministres des Finances et de l’Économie, en réponse à une question parlementaire du député Sven Clement (Pirates ; photo : sb). Ce-dernier voulait connaître le nombre de contrats conclus avec les « Big Four » (PWC, Deloitte, KPMG et EY). Clement demandait : « War et a kengem Fall, an deem e Kontrakt mat engem vun de Big Four geschloss ginn ass, méiglech, den Optrag un eng kleng oder mëttelstänneg Entreprise ze ginn ? » Sachant que Sven Clement dirige lui-même deux petits cabinets de conseil, Clement & Weyer et Account TechConsulting, la formulation témoigne d’un certain culot. Dans un article paru cette semaine dans Reporter, qui évoquait justement les questions parlementaires intéressées, Clement se fait citer ainsi : « Es ist ein strukturelles Problem im Parlament, weil sich viele Abgeordnete überhaupt nicht bewusst sind, dass sie einen Interessenkonflikt haben ». Les ministres interpellés Pierre Gramegna (DP) et Franz Fayot (LSAP) étaient fiers de lui annoncer que « seulement 264 » commandes seraient allées aux « sougenannte Big Four ». Le recours aux consultants externes est le corollaire du « schlanke Stat », ou plutôt d’un appareil d’État qui emploie très peu de fonctionnaires mais les rémunère grassement. Ce modèle avait été défendu des décennies durant par le CSV et la CGFP et avait atteint son comble d’absurdité sous le ministre des Finances, Luc Frieden (CSV). Il s’incarnait dans le contremaître débordé de la fabrique des rulings, Marius Kohl, qui externalisait le travail aux Big Four et aux cabinets d’avocats, le tout pour « le bien du pays », évidemment. Il s’incarnait également dans Georges Deitz, passé directement de « tax leader » de Deloitte à consultant du ministère des Finances qu’il représentait (entre mai 2013 et mai 2014) aux négociations sur Beps à l’OCDE. En 2017, l’ancien directeur de la CSSF, Jean Guill, s’était plaint face au Land « que le ministère des Finances fasse écrire des projets de loi par des études d’avocats ou des firmes d’audit » ; ajoutant qu’« au cours des dernières années, cette pratique s’est malheureusement répandue ». Deux ans plus tard, Pierre Gramegna avait réagi en expliquant qu’il avait renforcé le personnel au ministère des Finances : « Et si cela avait été fait d’avantage au temps de Monsieur Guill et de mes prédécesseurs, on n’aurait pas eu besoin d’avoir recours à des tiers. C’est ça la réalité ! » Alors que le Luxembourg a entamé sa mue de « tax haven » en « safe haven », et se voit pressé par les autorités européennes à livrer des gages de sérieux et de respectabilité, les effectifs des administrations qui entourent le secteur financier ont été considérablement augmentés. C’est une sorte de ruse de l’Histoire que ce soit justement le DP, défenseur historique du « schlanke Stat », qui se targue dans son programme électoral de 2018 d’avoir agi contre « die teils chronische Unterbesetzung verschiedener Verwaltungen ». bt

Aleba, le déclin
Ça sent le roussi chez l’Aleba. Alors que le syndicat des employés de banques et d’assurance traverse une crise existentielle, son co-capitaine quitte le navire. Laurent Mertz a annoncé cette semaine sa démission du poste de secrétaire général de l’Aleba. Évoquant des « raisons personnelles et familiales », il quitte également le Comité exécutif et le CA du syndicat. L’ancien manager et actuel président de la délégation chez Quintet gardera son siège à la Chambre des salariés où il promet continuer à représenter l’Aleba et « ses valeurs d’indépendance politique ». Au sommet de l’Aleba, la crise n’en finit pas. Après le démontage public de son ancien président, le licenciement sec d’un tiers de ses permanents et le retrait de sa représentativité sectorielle, voilà le numéro deux qui se retire. Laurent Mertz apparaissait en interne comme une sorte de président officieux. Chargé des relations avec la presse, il éclipsa les discrets présidents Roberto I et Roberto II (Scolati et Mendolia) dans les médias. Sa démission propulse le Wallon Roberto Mendolia (photo : sb) sur le devant de la scène. L’avenir de l’Aleba comme organisation indépendante n’est plus assuré, l’OGBL et le LCGB ayant, dans le passé récent, fait des offres de collaborations à l’Aleba qui, jusqu’ici, avait les ressources personnelles et financières pour les décliner. Mais le faible degré de préparation juridique et stratégique à un scénario de retrait de la représentativité sectorielle (qui vient justement de se réaliser) montre que la crise de l’Aleba est également une crise de son personnel dirigeant. bt

Taxe Gafa
« Mir sinn dofir dass d’Steieren do bezuelt ginn wou de Wäert geschaaften gëtt ; an fir eis gëtt de Wäert do geschaaften, wou de Betrib säi Siège huet ». Sur RTL-Radio, Jean-Paul Olinger a rappelé la position (très conservatrice) de l’Union des entreprises luxembourgeoises en matière de taxe Gafa (pour Google, Amazon, Facebook et Apple). À l’UEL on observe aussi avec une certaine inquiétude les interminables négociations (elles furent entamée dès 2011, puis « relancées » en 2016) autour d’une Assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (CCCTB, pour prendre l’acronyme anglais). Une clé en discussion prévoit de répartir un tiers des profits imposés selon le nombre de salariés, un autre tiers selon le nombre de clients et un dernier tiers selon le pays où se trouve le siège. bt

Pierre Sorlut, Bernard Thomas
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