Quel que soit le lieu où elle expose – galeries, centres d’art ou comme ici le hall d’accueil de la Banque Internationale de Luxembourg (BIL), le sujet abordé par Chantal Maquet a toujours à voir avec la vie des personnes. The Weekend is Cancelled comprend un triptyque que la banque lui a commandé qui n’échappe pas à la règle. Il se trouve face au visiteur de l’exposition ou au client de la banque qui entre dans le grand hall. C’est peut-être pour sa capacité à sampler les constantes de l’activité financière et l’évolution technologique à la vitesse grand V que, pour ses 170 ans d’existence, la BIL a choisi Chantal Maquet. Dans sa couleur fétiche, un violet tirant sur le pourpre, elle met en scène la salle des cours de la bourse, (Carbon Copy – Continuity in Motion), l’entrée du bâtiment originel, boulevard Royal (Entry point – Thresholds and Circulartion et Holding area – Time suspended) avec ses canapés Chesterfield confortables où les clients attendaient d’être reçus aux guichets.
En 2026, date de la création de ces grands tableaux, les ordres téléphonés, les colonnes historicisantes de l’entrée et l’ambiance feutrée sont remplacés par une dématérialisation que Chantal Maquet rend par un bleu froid mais ce sont toujours des personnes qui sont en relation avec d’autres personnes. C’est la permanence de l’œuvre de l’artiste tout comme le respect de la valeur travail, représentés à droite du triptyque. Est-ce étrange, cette file de moissonneuses (Feldverbund) ? Assurément non, quand on sait les origines terriennes du Luxembourg et la solidarité qu’il faut pour moissonner vite, avant l’arrivée de l’orage.
On retrouve cette solidarité et la fierté du travail bien fait dans l’œuvre Groupe de travail où, du patron à l’apprenti, les employés d’une entreprise de manufacture de machines particulières pour la banque posent devant leur commande. Chantal Maquet, qui n’est pas pour autant une artiste politique, a toujours affirmé son féminisme et figuré la position inférieure de la femme dans un monde où les ordres sont donnés par des hommes. Aussi voit-on dans The Weekend is Cancelled, nombre de peintures qui ne plaident pas pour l’égalité dans les années 1960-70, que l’on reconnaît aux tenues vestimentaires. Chantal Maquet, qui recherche habituellement des cartes postales dans des marchés aux puces, a eu la chance d’avoir accès aux archives photographiques de la banque, ce qui permet au visiteur de voir aussi des secrétaires devant leurs imposantes machines à écrire et des calculatrices au début du siècle passé, assises sur des chaises en bois d’un confort rudimentaire.
On remarque dans la série des piscines, loisirs types des années 1950-60, une œuvre à la facture particulière. Le ciel est d’un bleu foncé intense, le sable de couleur ocre. Surtout, les coups de pinceaux sont fins, comme si Chantal Maquet revenait à la manière de ses débuts, alors qu’on s’est habitué à ses larges aplats. D’autres baignades ne soulignent que le mouvement de l’eau du bassin comme dans le remarquable tableau à l’architecture moderniste. Les loisirs… certes, on se prélassait dans des chaises longues – il est amusant de voir dans Drei am Beckenrand 1 et 2 comment Chantal Maquet joue à une sorte de jeu des sept erreurs, avec les chaises placées différemment et dans des couleurs identiques déclinées du vert puissant au vert pâle, de l’orangé au violet, occupées par les mêmes personnages. La plasticienne s’amuse. Mais le temps libre est aussi occupé à cultiver son potager (Oma, oder der Ertrag den sie trug et Kulturpflege). Les légumes cultivés maison étaient il y a soixante ans encore une occupation urbaine de la classe moyenne luxembourgeoise.
The Weekend is Cancelled est à voir par ceux qui aiment ou découvriront la palette si particulière de Chantal Maquet et sa sensibilité à dresser les portraits à travers des ruptures ou des permanences temporelles. Non sans humour : Daughter of the surviving witches trois femmes qui ratissent, pour de vrai ou pour la pose, ont une histoire de légende bien plus longue que les 170 années d’existence de la banque !