C’est l’habitude à Dudelange, d’inviter à deux expositions parallèles, l’une Centre d’art Dominique-Lang l’autre à Nei Liicht. Deux expositions conjointes, mais la plupart du temps fort contrastées, à tous égards, peut-être plus que jamais en cette fin d’année, et jusqu’au 25 janvier prochain. Rien en commun, ni dans la démarche, sujet et intention esthétique, ni dans la manière, dans les moyens ou la technique, des photographies d’une part, des objets, des sculptures de l’autre. Ce serait donc vain de vouloir les rapprocher à tout prix, les réunir dans le même article tient déjà de la gageure.
Eric Schumacher contre Krystyna Dul ? Non, les prendre l’un(e) après l’autre, dans leur originalité, et se confronter à leur expérience et leur questionnement du monde et de l’art. Dans le cas d’Eric Schumacher, avec le souvenir de ses expositions antérieures, ses installations, leur enjouement, qui lui avaient valu le prix Arts et Lettres. On retrouve ainsi un souci d’interrogation de notre environnement, plus réduit toutefois, à un maximum, pour les formes et les couleurs. Un univers monochrome, qui se satisfait en gros d’une géométrie rigoureuse, limitée plus ou moins aux motifs de grille.
L’image s’impose de la sorte, d’autant plus que le titre de l’exposition, Driveway Gate Inspiration, reprend l’idée de barrière, de clôture. Disant ainsi en même temps fermeture, donc interdiction d’accès, et protection. On sait que c’est devenu chose courante dans l’architecture, dans l’urbanisme de nos jours. Et voici donc ces pièces, plaques de polystyrène recouvertes de couches de résine acrylique et de silicone, qui prennent allure de tableaux, quelquefois ouvertes à la façon d’une boîte, à d’autres reprises, posées par terre, agrandies comme des paravents ou des panneaux publicitaires.
Il appartient à notre réflexion ou à notre imagination, faisant la part des velléités poétique et critique, d’aller ailleurs, plus loin. Accrochés à des tubes métalliques, ces grillages par un caractère indéniablement décoratif, évoqueront aussi des caches de chauffage, et on sera tentés non moins de les prendre pour des éléments fixés sur les façades. C’est moins facétieux que ce à quoi Eric Schumacher nous avait habitués, l’ironie y est quand même, notamment avec les coquilles d’escargots qui y sont collées, rares er pauvres traces d’une vie, passée ou absente, dirait-on.
You & I Are Earth, dit de son côté le titre de l’exposition de Krystyna Dul, et dans un texte qui l’accompagne Fanny Weinquin cite en exergue Merleau-Ponty qualifiant le corps de lieu de notre appartenance au monde. Au rez-de-chaussée du Centre d’art Dominique-Lang, dans une série d’autoportraits, il s’avère bien sûr bien présent, immobile, comme statufié, portant sur la tête, sur les épaules, et plus bas, toutes sortes de vêtements ; multicolores, multiformes, voilà en même temps qu’ils se font fardeau, certes bariolé, et lui, on le croirait presque vivant, alors que la posture est stricte, pose frontale et regard fixe. Nous apprenons que Krystyna Dul a grandi dans une famille où les enfants se passaient les vêtements, là ils s’accumulent, deviennent momentanément lourds à porter, au-delà du changement d’identité. L’artiste en a fait un jeu ambivalent, nous mettant face à ces images avec la sensualité qu’elles portent, la solennité où les fringues feraient presque figure d’auréole ou de gloire.
À l’étage, l’émotion s’accroît, prend une tout autre dimension, avec la série Becoming, des photos où la maternité est venue élargir le couple, et la vie d’être prise alors dans une intense installation où s’entrelacent le sang et le lait. Les photos de Krystyna Dul, outre leur sensualité, leur solennité, ont cette façon de faire passer l’intimité, que ce soit de la personne humaine, ou de simples choses, de fruits par exemple. Leur plus bel effet, c’est une sorte de communion qui se fait tout naturellement.