Luxembourg 2007

Geknéchels

d'Lëtzebuerger Land vom 03.07.2003

A-t-on entendu le Premier ministre Jean-Claude Juncker dire du jury qui a attribué le Lion d'or à Su-Mei Tse à Venise qu'ils n'étaient que des incompétents et douter de leur professionnalisme comme il vient de le faire, furieux, du jury bruxellois («irgendwelche Professoren aus Koblenz oder Berlin», selon le LW du 30 juin), jury qui vient de descendre en flammes le projet luxembourgeois pour 2007? Non, car celui qui gagne ou celui qui se fait encenser estime forcément que le jury ou le critique est très compétent. Vous me direz: Jean-Claude Juncker n'a pas encore dit le moindre mot en public, ni télégramme (comme le Grand-Duc Henri), ni la moindre petite félicitation officielle pour cette reconnaissance suprême de l'artiste qui défend les couleurs nationales à la biennale de Venise. Ce n'est donc peut-être pas d'art et des choses de l'esprit qu'il s'agit, mais de politique - ou de la culture comme prolongation de la diplomatie... Et voilà que l'on se rapproche déjà des possibles raisons de cet énervement du Premier ministre. 

Car il n'y a pas de hasard: le rapport écrit d'une réunion entre les responsables luxembourgeois et le jury de présélection - sept membres indépendants nommés par le Parlement européen, le Conseil des ministres, la Commission européenne et le Comité des régions - fut acheminé par des fuites visiblement bien orchestrées à la presse luxembourgeoise, quelques jours seulement avant le Sommet de la Grande Région Saar-Lor-Lux de lundi. Alors que la réunion avait eu lieu le 14 mai déjà. L'idée d'élargir le titre de «Capitale culturelle de l'Europe», déjà acquis (depuis le roulement fixé en 1999 pour les dix prochaines années) pour le Luxembourg, sur la Grande Région émanait du gouvernement, Jean-Claude Juncker l'avait lancée en 2000 à un sommet régional à Liège. 

L'idée est simple: économiquement, le Grand-Duché constitue déjà une sorte de coeur naturel de la région, il a donc tout intérêt à profiter de l'occasion pour s'ériger également en centre culturel et intellectuel entre la France, la Belgique et l'Allemagne. Depuis la naissance de cette idée, un groupe de concertation s'est constitué autour de Guy Dockendorf, directeur du ministère de la Culture luxembourgeois, des ébauches d'idées thématiques sont nées durant leurs réunions, et afin de ne pas rater les délais, la ministre de la Culture, Erna Hennicot-Schoepges, a officialisé l'acte de candidature de la Grande Région en décembre 2002. Quatre ans avant l'année en question, comme le demande la nouvelle procédure de sélection. Et, si le jury est enthousiaste à l'idée d'inclure toute une région, il a surtout rejeté la candidature actuelle pour tout ce qui y manquait: ni coordinateur, ni programme, ni vision, ni surtout budget...

Ce à quoi Guy Dockendorf et Claude Frisoni, coordinateur de dernière minute de Luxembourg 1995, répondent dans une très longue prise de position par les difficultés pratiques rencontrées sur le terrain, notamment en ce qui concerne le financement: le Luxembourg est un État souverain, la Wallonie dépend d'un Royaume fédéral, les deux Länder allemands (Sarre et Rhénanie-Palatinat) jouissent d'une grande autonomie et la Lorraine s'inscrit dans une hiérarchie complexe entre responsabilités régionales et nationales. Au-delà du financement, chaque région nommera également son propre coordinateur, chapeauté par un directeur artistique responsable de tout le programme, qui aura son siège au Luxembourg. Le gouvernement luxembourgeois a promis de nommer ce directeur artistique dans les meilleurs délais. La prochaine réunion avec le jury aura lieu le 15 septembre prochain. 

Ce qui étonne le plus dans cette défaite honteuse du Luxembourg, c'est le manque de professionnalisme de la candidature. Alors même que le Grand-Duché a participé à la mise en place de la nouvelle procédure de nomination des capitales culturelles de l'Europe. Alors même que les fonctionnaires culturels (tous masculins, une fois de plus) qui l'ont écrite avaient presque tous une certaine expérience depuis 1995. Et alors même que le secrétariat de l'association ECCM Network, regroupant toutes les villes qui ont été capitales culturelles de l'Europe depuis 1985, est assurée par une Luxembourgeoise, Simone Beck, et que son siège est ...au ministère de la Culture. Mais pour le gouvernement luxembourgeois, il s'agit visiblement d'un dossier politique avant tout. «Everything presented turned out to bee too vague, local and uncoordinated» et «too old and obsolete» écrit le jury dans son rapport. Ça fait mal.

josée hansen
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