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La crise politique ralentit le plan de relance européen

d'Lëtzebuerger Land vom 15.10.2021

Plus de 29 milliards d’euros, soit environ quinze pourcent du PIB roumain, devraient irriguer le système financier de la Roumanie. Ce montant est la manne octroyée par la Commission de Bruxelles dans le cadre du programme de relance européen. Le 27 septembre, Ursula von der Leyen, présidente de l’exécutif européen, s’est rendue à Bucarest pour délivrer son message. « Nous devons concrétiser ce projet et respecter ses conditions », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. « Il s’agit d’un plan orienté vers le futur et je souhaite que nous travaillions tous ensemble pour lui donner vie. »

Mais la bonne nouvelle n’a pas fait long feu. Le 5 octobre, le gouvernement libéral est tombé suite à une motion de censure déposée par l’opposition sociale-démocrate. Le renversement du gouvernement en place depuis seulement neuf mois complique la gestion d’un pays secoué par une nouvelle vague de Covid-19. La crise politique se double d’une crise sanitaire sans précédent. Le nombre des contaminations est monté en flèche avec plus de 15 000 nouveaux cas et 252 décès par jour qui s’ajoutent aux 36 667 décès déjà comptabilisés, chiffres records depuis le début de la pandémie. Dans les hôpitaux les services d’urgences sont complets et les médecins se plaignent de l’indifférence des autorités. « Nous n’avons pas de temps pour les motions de censure, a déclaré le docteur Octavian Jurma. Chez nous l’urgence est dans les hôpitaux. »

En décembre 2020 le gouvernement dirigé par le libéral Florin Citu, soutenu au parlement par une alliance de centre-droit, avait reçu un mandat de quatre ans. Mais la lune de miel entre les libéraux et le jeune parti Union Sauver la Roumanie Plus (USR Plus) n’a pas duré non plus. Florin Citu est devenu la bête noire de la droite comme de la gauche. Cet ancien banquier de 49 ans formé aux États-Unis semblait le soldat parfait du Parti national libéral (PNL) dirigé par Ludovic Orban, président de la Chambre des députés. Mais le soldat s’est rapidement métamorphosé en général en se portant candidat le 25 septembre à l’élection d’un nouveau président du parti.

Son arrivée à la tête du PNL a été une victoire à la Pyrrhus. Les confrontations publiques avec son challenger Ludovic Orban ont été ponctuées de coups durs et de révélations sur sa vie privée qui ont affaibli le camp libéral et fourni des armes à l’opposition sociale-démocrate. Les couacs des libéraux ont par ailleurs exaspéré leur allié USR Plus qui leur assurait la majorité au parlement. Le 6 septembre, les jeunes de ce parti construit sur le modèle de La République en marche (LREM) en France ont retiré leurs ministres du gouvernement et coupé les liens avec les libéraux. « M. Citu a raté sa campagne de vaccination contre le Covid-19 et utilisé des fonds publics lors de sa campagne pour gagner la présidence du Parti national libéral », a déclaré Dacian Ciolos, président de l’USR et chef du groupe Renew au Parlement européen, poste qu’il a quitté pour une nouvelle carrière politique en Roumanie. « Ce monsieur ne peut pas rester Premier ministre. »

La pomme de discorde entre Florin Citu et ses alliés a été la réforme de la justice qui figure dans les rapports de la Commission européenne. La Roumanie fait l’objet d’un mécanisme de coopération et de vérification (MCV) conçu à Bruxelles qui demande aux autorités de Bucarest de dissoudre une institution destinée à contrôler les magistrats créée en 2018 par les sociaux-démocrates. Les libéraux n’ont pas respecté leur engagement, ce qui a mis en péril les démarches effectuées par le président Klaus Iohannis pour intégrer la Roumanie dans l’espace Schengen de libre circulation. « C’est triste mais c’est la réalité, la Roumanie est en pleine crise », a déclaré le chef de l’État suite à la chute du gouvernement. « La crise politique s’ajoute à une crise du système de santé et à une crise de l’énergie. La situation est très difficile. »

Dans ce contexte de tension politique le grand gagnant est le Parti social-démocrate (PSD). Il tire profit de la guerre fratricide des libéraux. Le PSD représente le coté conservateur de la Roumanie et semble ouvert à une alliance avec une nouvelle formation politique nationaliste et anti-européenne, l’Alliance pour l’Unité des Roumains (AUR). Le PSD et l’AUR sont farouchement opposés à la vaccination contre le Covid-19, et leur message soutenu par l’Église orthodoxe a été entendu. Seul un tiers des Roumains se sont fait vacciner et la nouvelle vague de contaminations bat tous les records et asphyxie le système de santé du pays. Le 11 octobre, dans ce contexte tendu, le président Iohannis a confié à Dacian Ciolos la mission de former un nouveau gouvernement. Âgé de 52 ans il apporte un air plus européen dans la politique roumaine mais il faudra qu’il trouve une majorité dans un Parlement très divisé aussi bien à gauche qu’à droite. Une bataille qui n’est pas gagnée d’avance.

Mirel Bran
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