Quand le LSAP est dans l’opposition (ce qui n’est pas souvent le cas), il se découvre une tendance à l’introspection et médite sur ses principes. Les membres du LSAP viennent ainsi de recevoir l’ébauche d’un nouveau « Grundsatzprogramm » (exclusivement en langue allemande, jusqu’ici), qui devra être discuté et amendé aux congrès des circonscriptions puis mis au vote au congrès national du 14 mars. Il viendra remplacer l’actuel programme écrit en 2002, durant une autre (courte) traversée du désert.
C’est la jeune garde (Max Leners, Olivier Cano, Sacha Pulli et Maurice Schwarz) qui a tenu la plume, condensant les propositions issus de deux workshops et revisitant le texte de fond en comble. Quelques passages classiques ont été gardés. Le LSAP se présente ainsi toujours comme « eine große linke Volkspartei », prêche toujours la nécessité de « réformes permanentes » et affiche toujours une vision téléologique : « Für uns gibt es nur ein Vorwärts in der Geschichte ».
La mise à jour la plus visible est l’intégration d’une nouvelle valeur dans le programme socialiste : « Fortschritt und Nachhaltigkeit ». Ce binôme ferait partie de « l’ADN » du parti, lit-on dans le draft. (Alors que le LSAP a longtemps été connu pour son productivisme et son mépris pour les écolos.) Le terme « climat » était entièrement absent de la version 2002, il prend désormais une large place. Tout comme la transformation sociale et écologique, en route vers laquelle on devrait éventuellement (« wenn letzendlich nötig und im Interesse des Allgemeinwohls ») passer par des « gezielte Verbote ». Le mot honni est lâché.
Mais c’est un autre passage qui devrait retenir l’attention : « Ein gerechtes nationales und internationales Steuersystem, in dem […] besonders unproduktives Kapital und Erbschaften besteuert werden, ist für ein faires Verteilen finanzieller Lasten im In- und Ausland unabdingbar». Le LSAP ose donc toucher au grand tabou des droits de succession (en ligne directe). En 2014, Franz Fayot l’avait osé, après avoir lu Le Capital au XXIe siècle, et s’était fait remonter les bretelles en interne. La question trouve peu à peu son chemin dans le mainstream socialiste. Tout comme la justice fiscale internationale, longtemps escamotée par une gauche luxembourgeoise, qui s’est embourgeoisée dans la cage dorée de la place financière.
Autant pour les principes. Restera à voir si une taxe sur l’héritage trouvera son chemin dans le programme électoral 2028. (Quant à l’accord de coalition, n’en parlons pas.) C’est sans doute la « Spannung zwischen Zukunftsentwurf und Wirklichkeit », dont parle le « Grondsatzprogramm ». Où on découvre également quelques nouveaux préceptes à l’attention des mandataires : Ils doivent considérer leurs « persönliche ‘Karriereziele’ » comme secondaires, ne pas se soumettre à des « kurzlebige politische Mehrheitsbegebenheiten » et « incarner » les principes socialistes.
Si la tonalité est plus progressiste sur les questions du climat, du logement et de la fiscalité, le draft fait passer à la trappe des revendications classiques du mouvement syndical. Le programme de 2002 insistait encore sur la cogestion dans les entreprises et la « Demokratisierung der Arbeitswelt ». La version 2026 n’en souffle mot, et met l’accent sur le work-life balance. Plus surprenante encore est la suppression d’un élément-clef de la programmatique socialiste : La réduction du temps de travail. Dans le programme de 2002, on lit encore : « Die Sozialisten werden sich wie in der Vergangenheit für die Kürzung der Wochen- und Lebensarbeitszeit einsetzen ». Un passage qui manque dans l’ébauche de 2026. Tout comme le terme « Arbeiter », qui fournit la troisième lettre de l’acronyme du LSAP. On préfère désormais parler de « Arbeitenden », une catégorie dans laquelle on inclut les indépendants.