LTMA, Pétange

Restez donc !

d'Lëtzebuerger Land vom 27.07.2000

Il transpire l'engagement pour « sa » commune. Jean-Marie Halsdorf, maire PCS de Pétange avec une majorité absolue depuis le 1er janvier de cette année, tient vraiment beaucoup à ce que le Lycée technique Mathias Adam (LTMA) demeure sur le territoire de la ville de Pétange. « C'est une question de prestige aussi, nous sommes quand même la cinquième ville du Luxembourg avec quelque 15 000 habitants , il est important que nous ayons un lycée. » Or, bien qu'il défende ce projet avec un enthousiasme indéniable, il n'en reste pas moins pragmatique, avance les arguments pour et ceux contre, a pensé aux moindres détails. « Il faut surtout que tout aille très vite maintenant. » 

Car ce n'est plus un secret, l'ancien bâtiment, dont la construction fut entamée en 1969 pour ce qui s'appelait alors Collège d'enseignement moyen à Pétange, ressemble plus à un amas de rapiéçages et raccommodages fait de containers et de pavillons, tous dans de piteux état, qu'à un lycée digne de ce nom. Sur le site Internet du lycée (www.reste-na.lu/ltma), même l'arrivée de nouveaux containers en 1998 est fêtée comme un événement heureux. 

Mais cela ne cache guère la misère dans laquelle est tombé le bâtiment d'un lycée qui a toujours compté parmi les plus progressistes et innovateurs du pays sur le plan pédagogique. Il y a deux semaines encore, le lycée a présenté un nouveau projet-pilote  pédagogique, nommé E.V.A. (Eigenverantworliches Arbeiten), qui s'adresse dès la rentrée aux élèves de septième, leur offrant une prise en charge renforcée durant cette difficile phase de transition du primaire vers un nouvel ordre d'enseignement. Le projet-pilote a pour but d'assister les élèves afin de leur apprendre le travail autonome, par exemple pour maîtriser les devoirs à domicile.

Le Lycée technique Mathias Adam, qui porte ce nom depuis 1979, est non-seulement logé dans des bâtiments vétustes, mais en plus à l'étroit. Il accueille quelque 1 100 élèves, dont 300 dans l'annexe dite « Jenkert » à Differdange, réservée à l'enseignement préparatoire. À Pétange, une cinquantaine de classes sont obligées de se partager les 34 seules salles de classes disponibles ; lors de leur visite des lieux le 5 avril dernier, les membres de la commission de l'Éducation nationale de la Chambre des députés se sont montrés « choqués et scandalisés » par l'état des infrastructures. Les images qui sont passées à la télévision ont fait le reste pour que le sérieux et l'urgence de la situation soient enfin reconnus.

Or, l'histoire du projet de construction se raconte comme un western-spaghetti, entre intérêts de cloche-merle et tactiques de politique politicienne. Dans le dossier « Planification des infrastructures scolaires » présenté par l'ancienne ministre de l'Éducation nationale Erna Hennicot-Schoepges en mars 1999 déjà, le projet « nouveau bâtiment et abandon des infrastructures utilisées actuellement » du LTMA est énoncé parmi « les projets préparés », pour un investissement prévu de 2,5 milliards de francs ; dépôt du projet de loi annoncé pour mai 1999 et mise en service probable en 2004 pour une capacité maximale de 2 245 élèves. 

Or, ce projet de loi ne fut jamais déposé. Une des causes ? Le site prévu se nommait alors « an de Jenken », zone verte dans le nord de Pétange, et le maire s'appelait Roger Klein (POSL). L'annonce de cet emplacement provoqua de virulentes oppositions de la part des riverains de la rue qui y mène, de la Lëtzebuerger Natur- a Vulle-schutzliga (pour cause de protection de la diversité écologique) et surtout du principal propriétaire du terrain en question, un exploitant agricole, qui se serait vu privé de ses meilleures terres et son avenir menacé. 

Comme il a fait annoncer par son avocate qu'il lutterait avec tous les moyens juridiques disponibles contre une éventuelle expropriation, i.e. ferait s'éterniser les procédures, « il fallait d'urgence trouver une autre solution » affirme Jean-Marie Halsdorf. Durant la campagne électorale, le PCS a milité pour que le lycée reste au centre-ville, à son emplacement actuel, mais avec de nouveaux bâtiments, option rejetée par l'Administration des ponts et chaussées. En janvier de cette année, la nouvelle majorité communale revenait donc sur les sept sites proposés dans une première étude en 1997. Et retinrent une terrain de 3,2 hectares, à l'embouchure de le zone industrielle Pôle européen de développement (PED), à quelque 400 mètres d'un site rejeté en 1997. 

Étude de faisabilité, études de la pollution des sols sur cet ancien dépôt de coke, étude des nuisances sonores, comme ce terrain se trouve à quelques mètres seulement de la collectrice du sud. Tous positifs, affirme Jean-Marie Halsdorf. Le dossier complet a été transmis au printemps aux ministères de l'Aménagement du territoire, celui de l'Éducation nationale et celui des Bâtiments publics. Henri Grethen (PDL), qui, en tant que ministre de l'Économie, est propriétaire des terrains sur le PED, aurait également donné son accord de principe pour reclasser le terrain (actuellement classé industriel). 

En échange, la commune se dit prête à céder un hectare de terrain afin d'y faire construire une gare autoroutière et un parking pour les élèves et les enseignants, la gare CFL n'est pas loin et dans le projet BTB, une gare est prévue à proximité. Le terrain en soi est proche d'un terrain de football, de trois étangs de pêche, la piscine communale serait mise à disposition du lycée, des commerces et des restaurants sont plutôt proches, d'autres s'annoncent,... bref, le conseil échevinal a pensé à tout. « C'est un bon site, sinon je ne le défendrais pas, » affirme le maire. Qui avoue aussi ses défauts : à l'entrée du PED, la lycée se trouverait aussi à proximité d'une ligne de haute tension et un champ anodique de la SES devrait être déplacé. Mais il est optimiste et n'y voit pas de problème insurmontable.

Pendant les quelques mois de reconsidération du dossier, l'opposition au projet toutefois n'a pas chômé, bien au contraire. Et ces voix viennent surtout du sein même du lycée, du comité des enseignants. Dans une longue prise de position contre le PED parue dans la presse, ils s'inquiètent aussi bien de la possibilité de pollution des sols et des nouvelles émanations possibles provenant des industries qui y sont implantées, de l'odeur de la station d'épuration et de l'éloignement du lycée du centre en direction de la frontière française. C'était en mai, Jean-Marie Halsdorf affirme avoir demandé un rendez-vous, sans succès. Les enseignants demandaient que les décideurs s'orientent vers d'autres terrains, « même si ceux-ci ne se trouvent plus à Pétange. » 

Pourquoi pas à Differdange ?, se demandait alors le conseil communal de la ville voisine, et proposa, fin avril déjà, un terrain de trois hectares au lieu-dit « Auf Lauterbann », à cheval sur les deux communes de Differdange et de Bascharage, mais appartenant entièrement à la première. Et il y aurait autant de bonnes raisons pour le choix de ce site, parce que Differdange a des liens intimes avec le LTMA par exemple, accueillant l'annexe du préparatoire et comptant parmi ses échevins Cornel Meder (POSL), directeur du LTMA entre 1970 et 1986. 

Le maire Marcel Blau est serein, pragmatique lui aussi. « C'est une offre, pas plus » affirme-t-il, mais que ce terrain serait idéal parce que situé en plein coeur du bassin de la Chiers, avec ses 40 000 habitants. Dans une résolution adoptée le 28 avril, le conseil échevinal est mandaté « d'inciter le gouvernement à créer enfin une offre plus large et plus complète » d'enseignement secondaire dans la région. Et « d'insister auprès des autorités compétentes afin que le site du nouveau lycée à construire dans le bassin de la Chiers soit construit selon les critères de l'aménagement du territoire et la meilleure qualité environnementale ».

« Nous sommes en plein dans l'esprit du temps avec notre proposition, affirme Jean-Marie Halsdorf. On parle reconversion de friches industrielles et économie de surfaces vertes, c'est ce que nous voulons faire ici. » La direction du lycée pour sa part se tait. Contacté par téléphone, le directeur Léon Beffort se dit trop occupé. La décision du site ne lui revient pas, estime-t-il, et que de toute façon, il n'a pas le temps en ce moment, étant en train de finaliser l'organisation scolaire pour la rentrée.

Or, tout indique que Pétange a les meilleurs cartes, surtout pour avoir préparé le terrain - et être dirigé par un membre du PCS, au pouvoir au gouvernement. Avant de partir en vacances, les ministres devraient encore décider si oui ou non les construction de remplacement feront partie du Plan sectoriel lycées. Si oui, les lourdeurs administratives risquent de perdurer. Si non, si le projet LTMA et ses pairs sont traités à part, une décision rapide serait possible, estime la ministre Anne Brasseur (PDL).

 

josée hansen
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