Pour Noël, le Musée national d’histoire naturelle s’est offert une grande collection entomologique

Des insectes par milliers

Des coléoptères Lucanides
Photo: Mnhn
d'Lëtzebuerger Land du 30.01.2026

Francesco Vitali est ravi. Les collections du Naturmusée viennent de s’enrichir de 172 boîtes dans lesquelles sont soigneusement rangés 46 000 spécimens représentant 2 500 espèces d’insectes, dont une très grande majorité de coléoptères. « C’est un ensemble magnifique. Sa cohérence géographique et son exhaustivité sont exceptionnelles. Nous avons désormais pour ces familles d’insectes la totalité des taxons présents au Luxembourg, en France, en Belgique et en Allemagne pour ces familles d’insectes. Les grands, les petits, les communs, les rares… Ils sont tous là ! », s’extasie l’entomologiste arrivé au musée en 2008.

« C’est une collection de référence, digne des plus grands musées d’histoire naturelle européens, tant par la quantité que par la qualité avec laquelle la collection a été préparée », ajoute-t-il. Car chaque insecte a été immortalisé dans les règles de l’art, dans la même position, ce qui facilitera considérablement les études scientifiques qui ne manqueront pas de suivre.

Cet important travail a été réalisé par Francis Matt, un entomologiste amateur originaire de Lorraine, décédé en mars 2024. « Mon père était instituteur à Hultehouse (près de Saverne, à la frontière entre la Moselle et le Bas-Rhin, ndlr), c’était un naturaliste passionné », confie son fils Yannick Matt au Land. Pêcheur averti, capable de passer des heures dans les champs à observer la nature, Francis Matt s’était pris de passion pour les coléoptères au milieu des années 1970. « Il était complètement autodidacte. Il a tout appris tout seul, dans les revues et les livres scientifiques », ajoute son fils.

L’amateur a collaboré avec le musée d’histoire naturelle de Strasbourg ou le parc naturel des Vosges du nord, toujours de manière bénévole. « Il n’a jamais gagné d’argent avec sa passion, il n’a jamais vendu un seul insecte », assure Yannick Matt. Certains espèces de sa collection valent une cinquantaine d’euros pièce. Francis Matt partageait son enthousiasme en famille. Ainsi, toutes les grandes vacances étaient consacrées à la recherche de nouveaux coléoptères. « Lorsque j’étais gamin, les destinations étaient choisies en fonction des insectes que mon père souhaitait trouver. Nous le suivions avec plaisir car nous adorions ça ! »

Le résultat de ces cinquante années de collecte a été acheté au mois de décembre par le Naturmusée pour un peu moins de 38 000 euros, une somme inférieure à la valeur totale des insectes. Francis Matt avait d’abord pensé léguer ses boîtes au musée de Strasbourg, mais l’institution lui a admis qu’elle n’aurait pas les moyens de les conserver dans de bonnes conditions. « Comme mon père respectait beaucoup Francesco Vitali, un entomologiste reconnu et respecté, l’idée de confier sa collection au Luxembourg s’est imposée d’elle-même », souligne son fils.

Un mois après avoir perdu son père, Yannick Matt a donc contacté Francesco Vitali qui est venu découvrir la collection en Lorraine fin 2024. Pour le scientifique, rapatrier les boîtes dans son institution était une chance à ne pas laisser passer. « Nous étions loin de posséder autant d’espèces. Nous n’avions même aucun exemplaire de certains groupes. Désormais, le MNHN devient un centre de référence pour ces coléoptères. Pas uniquement pour le Luxembourg et la Grande Région, mais pour toute l’Europe centrale. »

Si la collection Matt permet au Naturmusée d’enrichir considérablement son département « Entomologie », cette acquisition a aussi le mérite de ne pas disperser le travail patient et rigoureux d’un amateur chevronné. Une œuvre pourtant jusqu’ici largement méconnue, puisque Francis Matt n’a jamais publié d’articles dans la littérature spécialisée. La collection qui porte son nom est aujourd’hui accessible à tous les chercheurs qui souhaiteront étudier les insectes qu’il a naturalisés. « Voir cette collection ici, c’était le souhait de mon père. Je suis content, parce que je la sais entre de bonnes mains », conclut Yannick Matt.

Erwan Nonet
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