L’étude sur la contamination des pommes publiée par l’association PAN Europe, à laquelle le Méco a participé, est très intéressante (d’Land du 30 janvier). Les trois communiqués de presse qui lui ont répondu le sont tout autant.
La colère du Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin est compréhensible. Les producteurs locaux, pointés du doigt par le nombre élevé de pesticides décelés sur leurs pommes (jusqu’à sept par échantillon), se sont sentis attaqués. La réponse très scolaire de la ministre de l’Agriculture, Martine Hansen (CSV), par contre, laisse pantois. En se bornant à rappeler que ces pommes répondent aux normes en vigueur, elle passe à côté des enjeux portés par l’étude.
La réaction la plus constructive est celle de la Chambre d’Agriculture. Elle regrette les failles, réelles, des analyses de PAN Europe. Il est dommage, par exemple, de ne pas avoir testé des pommes bios. Cela aurait permis d’établir d’intéressantes comparaisons. Mais la Chambre fait preuve d’une vraie ouverture d’esprit lorsqu’elle écrit que l’étude « montre qu’il existe, dans les pratiques culturales, une certaine marge d’optimisation » et qu’« il est dans l’intérêt des producteurs locaux de produire des denrées alimentaires de haute qualité et sûres, et d’optimiser leurs pratiques culturales en conséquence. » Une prise de conscience qui est totalement absente du communiqué du ministère qui, au contraire, accuse l’étude de créer « une insécurité inutile au sein de la population ».
Ingénieure agricole de formation, Martine Hansen ne jure que par la productivité. Elle appelle cela le « pragmatisme ». Il est dommage que celle qui est également ministre de la Protection des consommateurs n’ait pas pensé à publier un communiqué sous cette casquette. L’intérêt commun, la santé publique : elle n’a pas parlé de ces notions. Les taux de chaque pesticide et insecticide se trouvent sous les normes européennes : fermez le ban, il n’y a pas de sujet. Pourtant, la littérature scientifique abonde pour démonter que les dangers existent.
En 2020, l’étude française AGRICAN avait suivi la santé de 180 000 agriculteurs et montré que six types de cancers (lymphomes non-hodgkiniens, myélomes, certaines leucémies, prostate, peau, lèvres) étaient nettement supérieurs à la moyenne dans cette cohorte. Une dangerosité confirmée par les conclusions d’une étude de l’Inserm (2009), toujours en France, qui a montré un doublement du risque de Parkinson chez les utilisateurs d’insecticides organochlorés.
En France encore, des chercheurs de l’INRAE ont démontré en 2025 que l’exposition à un cocktail des six pesticides les plus utilisés dans la culture de fruits et légumes à doses autorisées aggrave significativement la sévérité des allergies alimentaires et de l’asthme chez les souris, particulièrement lors de la période prénatale. Les taux de fertilité étaient également affectés.
Un article publiée en janvier 2026 par UCLA Health a établi un lien entre la maladie de Parkinson et les pesticides. Une exposition prolongée au chloropyrifos, un insecticide à large spectre retrouvé sur les pommes de l’étude de PAN Europe, accroît le risque de développer cette maladie de 2,5 fois. On pourrait poursuivre la liste très longtemps.
Martine Hansen a raison. Les normes européennes sont respectées. Mais n’est-ce justement pas le problème ? Faut-il préférer le pragmatisme à la prudence ? C’est son choix aujourd’hui, elle devra en assumer les conséquences demain.