Le luxe sans ostentation d’Elisa Uberti à la Galerie Liberté

Un microcosme organique

d'Lëtzebuerger Land du 13.02.2026

L’avenue de la Liberté, la plus belle avenue de Luxembourg devrait se forger une identité digne de la magnifique architecture du début du vingtième siècle et ses boutiques (vides) pourraient devenir un nouveau pôle d’attraction de la capitale. C’est l’une des motivations de la dynamique galeriste Françoise Kuth, actuellement un peu esseulée entre des locaux commerciaux à louer voire des immeubles entiers à vendre et quelques chantiers. Avis aux amateurs donc, commerçants et clients, las de la ville haute où les marques de luxe du monde globalisé, les pop up stores et les bars « after hours » ne donnent plus envie « d’aller faire un tour en ville ». Françoise Kuth, elle, a ouvert la Galerie Liberté il y a deux ans. Entendez le jeu de mot : la liberté que se donne cette juriste, toujours active dans le domaine du droit, de suivre sa passion pour les créations d’une niche du design qui correspond au terme anglais « arts and crafts ». Elle fuit la production en série de mobilier et de luminaires, ou les rééditions iconiques mais copiées en production de masse.

L’univers de Liquid Horizons d’Elisa Uberti, dont c’est la première exposition à Luxembourg, oscille entre sophistication et mise en œuvre contemporaine d’un matériau ancestral, l’argile. Mais chez elle, point de formes de poteries qui traversent l’histoire humaine depuis les temps ancestraux jusqu’à aujourd’hui, point de coupelles, cruches, ou assiettes. Les pièces d’Elisa Uberti sont des pièces uniques, ou produites en séries limitées de quatre maximum (plus une épreuve d’artiste). Les créations d’Elisa Uberti entrent à la fois dans le domaine du mobilier et de la sculpture.

Les œuvres rassemblées pour l’exposition Liquid Horizons pourraient à elles seules constituer un intérieur presque complet : bureau, lampes, chaises, guéridon, table d’appoint ou de nuit. Mais leur identité visuelle invite plutôt à les insérer comme une « pièce en plus », harmonieuse ou détonante dans un intérieur contemporain, minimaliste, épuré, personnel, douillet.

Certes, voici une chaise, une table d’appoint, une lampe, une applique, une table de travail. Fontaine de Jouvence une grande pièce de près de deux mètres de haut, visible depuis l’avenue, fait penser à Brancusi. De lampes et d’appliques, coule la lumière tamisée par la diffusion à travers de brins de laine noués. Ce « flot de lumière » selon Elisa Uberti « coule comme de l’eau ». Verticalité, fluidité sont les maîtres mots de l’exposition. Mais il faut bien que l’équilibre soit assuré. D’où, souvent, cette forme en « U » ou en arche pour garantir l’appui des lampes Baume, Jeanne, Zenith. Les appliques, qui ne sont pas soumises à la loi de la gravité, évoquent le monde végétal des cactées (Sconces Orée). Elisa Uberti se veut proche de la nature.

Le modelage de la céramique, - les pièces ont cette couleur blanc crème de l’argile pure, non glaçurée, c’est-à-dire mat - valorise la matière en soi, légèrement striée et granuleuse. Chaque détail est étudié (sans parler de l’étude de l’éclairage, impeccable ), jusque dans les commutateurs et le câble électrique à l’ancienne, tressé, de couleur également crème.

Avec la complicité de l’ébéniste Mathieu Brossé, Elisa Uberti associe parfois du bois. C’est du chêne brut, pour la table Desk Artemis, la pièce maîtresse et virtuose de l’exposition, où l’ébéniste est allé jusqu’à solidifier un éclat dans le bois par une pièce de marqueterie. Une autre création d’exception est la chaise Eclipse, également en bois de chêne, à monter – ou démonter « à l’ancienne » par tenons et mortaises, apparents. Cette technique simplissime, ancestrale fait de cet objet une pièce où la forme et la technique se conjuguent pour atteindre l’excellence.

Elisa Uberti ne manque pas non plus d’humour. Nuit Blanche, est une petite table de chevet. En forme de champignon magique ? La petite chaise Nuée revêtue d’un « tissu » de boules de céramique glaçurées est sortie sans aucune craquelure de la cuisson. La technique à ce niveau de maîtrise aussi fait rêver. p

Marianne Brausch
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