Concours d'architecture pour l'Université à Belval

Legoland

d'Lëtzebuerger Land du 01.02.2007

Remember Xmas 2005. L’annonce, par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, François Biltgen (CSV), la veille du réveillon de Noël, que le gouvernement venait de prendre, le matin même, la décision d’implanter le site unique de l’Université du Luxembourg à Esch-Belval avait provoqué un inénarrable tollé politique, notamment dans la capitale, dont le conseil communal affirma vouloir se battre bec et ongles pour rester ville universitaire (d’Land 01/06). Depuis lors, les esprits se sont calmés, on n’entend plus guère parler de l’université à Esch. Et pourtant, les travaux de préparation de ce grand chantier continuent. Lentement, difficilement, mais ils continuent.

Cette semaine, Maryse Scholtes, la coordinatrice générale du ministère des Travaux publics, par exemple, réceptionnait les questions envoyées par les douze bureaux d’architectes participant au concours d’architecture1 pour la première tranche d’infrastructures de l’université à Esch. Publié une première fois dans le journal officiel des communautés européennes le 7 décembre 2005, avec, à l’époque, comme seule mission de réfléchir au « bâtiment de l’enseignement de la Cité des sciences
à Belval-Ouest », le concours a été adapté plusieurs fois aux nouveaux questionnements qui s’imposaient au fur et à mesure de l’évolution des axes stratégiques émanant de l’Université elle-même et des nouvelles orientations du site de Belval-Ouest.

Certes, la Cité des sciences et de l’industrie devait, dès les premiers balbutiements de la reconversion de Belval-Ouest sous le gouvernement Juncker/Polfer, en 2001/2002, constituer le coeur et la raison d’être de ce grand chantier urbanistique. Mais l’Université en tant qu’entité unique n’a été fondée que deux ans plus tard, l’actuel recteur Rolf Tarrach est arrivé en 2005 et a dû prendre le temps nécessaire pour trouver ses marques et développer son papier stratégique jusqu’en 2015 et son programme quadriannuel jusqu’en 2009 – données essentielles pour pouvoir définir les besoins infrastructurels exacts. Puis il y a eu des élections législatives en 2004, le gouvernement Juncker/Asselborn a découvert que les caisses étaient vides et décrété une politique d’austérité pour les années à venir. Plusieurs grands projets infrastructurels, dont certains bien avancés déjà, comme les Archives nationales à Belval, furent stoppés nets.

C’est dans ces ruines des grandes ambitions pour Esch-Belval, que le Fonds Belval tente néanmoins de construire l’avenir de l’Université, qui reste un des projets déclarés prioritaires du gouvernement. Seulement, il faudra voir plus petit, rester plus modeste, joindre l’utile à l’agréable. La nouvelle mission du concours d’architecture est donc hybride, elle comprend deux volets : d’une part, un concours d’idées, une réflexion urbanistique sur l’aménagement de toute la terrasse des hauts-fourneaux. Et de l’autre un concours d’architecture à proprement parler pour le premier bâtiment, la « maison du savoir », comprenant essentiellement les infrastructures communes à toutes les facultés et toutes les entités de recherche, comme notamment les auditoires, les salles de séminaires, de conférences et autre restaurant – voire même le parking. Enveloppe budgétaire de ce bâtiment : 70 millions d’euros (un peu plus de la moitié de celle du lycée Belval).

Les architectes visitaient les lieux le 19 décembre dernier et pouvaient demander des renseignements complémentaires sur le programme de construction et le site de Belval jusqu’à cette semaine. Il s’avère d’ailleurs que la plupart des questions concernent le site : que faut-il garder des vestiges industriels ? Quels bâtiments faudra-t-il prévoir sur la terrasse ? La remise des projets est fixée au 30 mars, celle des maquettes au 24 avril ; le jury aura lieu le 10 et 11 mai et la proclamation des résultats le 12 mai.

Certes, le masterplan de Joe Coenen pour la société de développement Agora prévoyait déjà l’implantation de la Cité des sciences sur la terrasse des hauts-fourneaux dès 2002, idées qui ont été retranscrites dans le premier Plan d’aménagement général du site. Mais à l’époque, les besoins futurs de l’Université étaient extrêmement flous encore, les investissements, privés ou publics, de pures spéculations. Le volet urbanistique du concours devra donc préciser les volumes et gabarits des futurs bâtiments dans ce secteur, définir un nouvel emplacement pour les Archives nationales, inclure les vestiges des hauts-fourneaux dans la version arrêtée par le gouvernement et penser à une possible utilisation des bâtiments industriels adjacents, comme notamment la salle des soufflantes dont le sort n’est toujours pas fixé.

Mais les architectes devront aussi réfléchir à un possible phasage des futures constructions pour l’Université du Luxembourg avec une certaine flexibilité pouvant aller d’un campus en devenir à un campus complet de trois facultés avec toutes les installations nécessaires, ce qui inclut aussi des espaces intermédiaires et transitoires. Le programme pluriannuel des dépenses en capital du gouvernement retient un investissement total de 565 millions d’euros pour « l’implantation de deux facultés sur le site de Belval-Ouest » d’ici 2010 et « que les investissements supplémentaires requis pour la faculté de droit, d’économie et des finances viendront encore s’ajouter, le cas échéant ».

Lors de l’annonce du choix pour le site unique, le ministre François Biltgen tablait sur un déménagement vers Esch à l’horizon 2010. Selon son échéancier, la décision sur l’implantation de la troisième faculté, celle du droit, d’économie et des finances, devra être prise par le prochain gouvernement, en 2009 – même s’il semble déjà assez évident qu’elle risque de rester à Limpertsberg, ne serait-ce que pour des raisons rationnelles d’économie des moyens.

« Pour nous, chaque jour de retard coûte désormais de l’argent, » le résume Germain Dondelinger, le coordinateur du département enseignement supérieur du ministère. Car si l’Université veut se développer selon le projet ambitieux du recteur – adopté en conseil de gouvernement – il lui faudra de l’argent, des enseignants-chercheurs et de la place. Au cours de cette année déjà, il lui faudra commander des « structures légères », des containers, qui seront installés à Walferdange et au Kirchberg,
avec pour ambition de délester le Limpertsberg à moyen terme et de regrouper chacune des trois facultés sur un site spécifique. Mais les conteneurs coûtent de l’argent aussi, même s’ils reviennent moins chers que les loyers potentiels et s’ils permettent surtout de garder toutes les infrastructures sur un site.

Ce n’est pas un hasard que Germain Dondelinger soit aussi président du Fonds Belval, chargé de la réalisation des infrastructures étatiques sur la friche : la priorité accordée au projet universitaire n’en devient que plus évidente. Depuis un an, le Fonds travaille à la définition exacte du programme de construction pour ces nouveaux bâtiments esch-ois et s’est fait aider pour cela par deux instituts internationaux, le Hochschulinformationssystem allemand (HIS) et AT Osborne, bureau de consultants spécialisé notamment dans la mise en place de laboratoires de recherche.

Toutefois, ce n’est plus guère un secret que le plus grand retard est dû aux incertitudes émanant de l’Université elle-même, ayant du mal à définir clairement ses besoins – quels laboratoires faudra-t-il à l’horizon 2010 pour la recherche ? Avec quelles
installations techniques ? Alors, pour pouvoir commencer, le Fonds Belval s’est basé sur les estimations concernant l’évolution globale de la population résidente émanant du Statec d’une part et de l’autre sur les chiffres des investissements potentiels en recherche selon le processus de Lisbonne, calculant ainsi des extrapolation avec des scénarios variant de 1 650 à 3 000 scientifiques, notamment chercheurs, d’ici 2020. Et une population étudiante avoisinant les 7 000.

« Nous demandons aux architectes de proposer des solutions flexibles, permettant de répondre aux changements
qui pourront intervenir dans le temps, » précise Maryse Scholtes. Il leur faudra proposer un phasage des travaux, un urbanisme contextuel pour la ville d’Esch, une utilisation rationnelle du terrain et des deniers publics et éviter une agglomération de solitaires. Seules la Maison du savoir et la Maison du recteur seront vraiment représentatives, le restant des infrastructures devront garder une certaine modestie, à l’ombre des hauts-fourneaux – et, désormais aussi, de la Dexia. D’ailleurs, l’idée lancée par le recteur au début de ses réflexions, de regrouper toutes les activités de recherche, qu’elles émanent de l’Université ou des Centres de recherche publics, dans des « maisons » thématiques – de la Maison des atomes en passant par la Maison de la vie à celle des matériaux ou de Leonardo – a dû être abandonnée suite à l’opposition des Centres de recherche publics, qui craignaient d’être phagocytés par ce biais – « une crainte basée sur un malentendu » selon Germain Dondelinger. Car, selon le ministère, il n’y a actuellement aucune volonté politique allant dans ce sens. Néanmoins, pour calmer les esprits, on parle maintenant officiellement de différents « pôles ».

Selon Germain Dondelinger, qui est d’ailleurs aussi membre du conseil de gouvernance de l’Université du Luxembourg, le premier bâtiment à Belval devra abriter toutes les installations nécessaires pour permettre aux étudiants d’y passer leur journée – et de ne pas devoir faire des allers-retours vers la capitale. Dès la décision du jury pour une des propositions urbanistiques, en mai prochain, le Fonds Belval lancera les procédures pour les concours des prochaines phases de construction, les travaux préparatifs battent leur plein. Ainsi, le prochain concours concernera le pôle « sciences humaines et sociales », puis suivront les life-sciences et la biologie verte, peut-être simultanément avec le quatrième bâtiment, celui du rectorat. Pour le financement de chacune des tranches, le Fonds Belval contractera des emprunts pour lesquels le gouvernement se porte garant, tel que défini dans la loi du 25 juillet 2002 portant création du Fonds. Certaines infrastructures adjacentes pourront être réalisées selon le mode du PPP, private-public partnership. Les communes d’Esch-Alzette et de Sanem ont annoncé vouloir faire des efforts particuliers pour pouvoir offrir des logements pour les étudiants.

Toutefois, bien que Germain Dondelinger affiche clairement son optimisme indéfectible, le calendrier de l’horizon 2010 pour le premier déménagement semble peu réaliste. Car même si le projet de loi afférent pouvait être écrit très rapidement après les résultats des concours, être déposé avant la fin de l’année et passer les instances législatives avant l’été 2008, le Fonds Belval devra lui aussi respecter les voies officielles des marchés publics, et les procédures d’adjudication prennent toujours un certain temps. Puis il faudra compter bien deux ou trois ans de construction, ce qui rend une réalisation pour 2013 bien plus réaliste.

1 Les bureaux participants sont quatre bureaux invités, à savoir Baumschlager [&] Eberle Architelten (A), David Chipperfields Architects (GB), Diener [&] Diener Architekten (CH) et Zaha Hadid Architects (GB) ; plus huit architectes sélectionnés sur la base de l’appel à candidatures : Behnisch Architekten (D), Bourgignon, Siebenaler (L), Coop Himmelb(l)au (A), Hermann [&] Valentiny (L), Moreno avec Miralles (L/E), Paczowski [&] Fritsch (L), Dominique Perrault (F) et Planet + (L).

 

josée hansen
© 2020 d’Lëtzebuerger Land