Le Statec doit évaluer la pertinence du montant du salaire social minimum. Les syndicats en contestent la lecture et rappellent que la réalité sociale dépasse les statistiques

Sous le seuil

d'Lëtzebuerger Land du 29.05.2026

Pour nourrir les discussions de la Tripartie, les différents acteurs sollicitent des chiffres au Statec. Tandis que l’UEL interroge l’évolution de l’emploi ou la productivité (lire en page 8), les syndicats se concentrent davantage sur les conditions de vie et le pouvoir d’achat. Dans ce contexte, l’enquête annuelle « Revenus et conditions de vie des ménages » (SILC, Survey on Income and Living Conditions) est scrutée de près, puisqu’elle fournit des indicateurs essentiels sur les inégalités, la pauvreté et l’exclusion sociale, notamment à travers la définition d’un seuil de pauvreté.

Pour 2025, ce seuil s’élève à 2 502 euros par mois pour un ménage d’une personne. Ce montant correspond à soixante pour cent du niveau de vie médian, observé à 4 170 euros par personne. Ce qui place un habitant sur sept en situation de pauvreté. Les femmes (15,4 pour cent) sont moins bien loties que les hommes (14,2 pour cent) des hommes. Les jeunes sont particulièrement touchés : plus d’un sur cinq est concerné (22,2 %).

Le Statec met en garde contre une « comparaison directe » entre les années 2024 et 2025 en raison d’une rupture méthodologique. « Longtemps, l’enquête SILC s’appuyait sur les informations fournies par les ménages lors d’entretiens en face-à-face. Depuis 2025, nous sommes passés à un mode de collecte administratif, fondé sur des données de l’Inspection générale de la sécurité sociale », résume Guillaume Osier, l’un des auteurs de l’étude, au Land. L’institut statistique juge cette nouvelle méthodologie plus précise et plus fiable. Elle évite la non-déclaration de certains revenus, notamment des prestations sociales, et offre un cadre plus robuste pour le classement des différentes composantes du revenu. « Cela permet de beaucoup mieux évaluer l’impact des transferts sociaux sur les inégalités. » En revanche, les données administratives ne comprennent pas les revenus du capital ou ceux des fonctionnaires internationaux. Pour évaluer le patrimoine, l’enquête se base toujours sur les déclaration des personnes interrogées.

Selon cette nouvelle méthode de calcul, la pauvreté aurait diminué par rapport à l’année précédente. La part de la population exposée au risque de pauvreté monétaire ou d’exclusion sociale aurait baissé entre 2024 et 2025, passant de 18,1 pour cent à 14,8 pour cent. Du côté des syndicats, on craint une instrumentalisation de ces chiffres : « Il est important de veiller à ce que l’opportunisme politique ne se serve pas de ce changement purement méthodologique pour se féliciter d’une prétendue baisse du taux de pauvreté », nous répond l’OGBL. Le Statec a d’ailleurs effectué une estimation, en appliquant des correctifs reposant sur méthodologie comparable, qui suggère une baisse du taux de pauvreté beaucoup moins marquée, se situant à 17,5 pour cent en 2025.

Aussi, d’autres indicateurs méritent l’attention, notamment le budget de référence, qui détermine la somme nécessaire pour vivre au Luxembourg, de manière « modeste mais adéquate », selon les mots du Statec. « Ce montant repose sur des paniers thématiques (alimentation, logement, vie sociale, santé…), calculés avec des experts issus des secteurs concernés et avec l’aide de groupes de discussions », précise Guillaume Osier. Ces paniers sont très détaillés, tiennent compte de recommandations sanitaires et de la durée de vie supposée des objets et équipements. On lit par exemple que qu’une personne a besoin de 760 grammes de viande, 1,4 litre de lait ou 600 grammes de pommes de terre par personne et par semaine ; d’un nouveau pantalon, d’un pull et de trois culottes par an ; d’une sortie culturelle et d’une entrée à la piscine par mois, d’une semaine en vacances par an… Les abonnements téléphoniques, la nourriture pour animaux, la voiture, les livres, et bien sûr le logement (en location, chauffé au mazout) figurent également dans ces paniers. Fin 2025, le budget de référence s’établissait à 2 553 euros pour un adulte seul, sur la base du profil type d’une personne de 45 ans, en bonne santé et travaillant à temps plein. « Ce montant est très proche du calcul du seuil de pauvreté (à une cinquantaine d’euros près, ndlr) », se félicite le statisticien.

Avec ce calcul, le salaire minimum non qualifié de 2 703 euros apparaît tout juste suffisant… ou pas, selon les cas de figure. À titre d’exemple, le budget de référence grimpe à 3 231 euros pour une personne seule avec un enfant en bas âge. Les syndicats enfoncent le clou arguant que le revenu minimum suffit éventuellement pour vivre, mais pas pour mener une vie décente. Le taux de pauvreté subjective, basé sur la perception qu’ont les ménages de leur situation financière, illustre également cette réalité : 21,6 pour cent des ménages déclarent ne pas pouvoir « joindre les deux bouts » ou faire face à une dépense imprévue.

L’OGBL observe que le salaire social minimum net d’impôts s’avère inférieur au seuil de pauvreté et au budget de référence. « Cela confirme notre analyse qu’une hausse structurelle du salaire social minimum est indispensable pour éviter l’augmentation des travailleurs pauvres. » L’Union des syndicats milite pour une hausse de 300 euros du salaire social minimum.

France Clarinval
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