1,2 milliard d’euros : C’est le montant (minimal) que la France compte débloquer sur l’année pour soutenir les secteurs et les salariés frappés par la hausse des carburants. Cela correspond à peu près au coût d’une Tripartite luxembourgeoise. (Ou au price tag annuel de la réforme fiscale de Gilles Roth.) Pour rappel : la France compte 69 millions d’habitants, soit cent fois plus que le Grand-Duché. Les finances publiques sont jusqu’ici traitées comme une donnée secondaire au Luxembourg. Lors du premier round tripartite, personne du ministère des Finances (ou de ses administrations) n’a fait de présentation sur le sujet. Un silence assourdissant. En amont, les partenaires sociaux avaient fait le plein de statistiques pour étayer leurs argumentaires respectifs. Les réponses du Statec et du ministère des Finances viennent d’être publiées. De nouveau : Aucun slide, aucun tableau, aucun graphique ne fait la moindre allusion aux recettes et aux dépenses de l’État.
Par ses questions au Statec, l’Union des syndicats tente de déconstruire le « trickle-down » friedenien qui postule que moins d’impôts équivaudrait à plus de croissance. L’OGBL et le LCGB veulent savoir quel a été l’impact économique des baisses d’impôts accordées aux entreprises. L’institut de la statistique botte en touche : « Une évaluation aussi détaillée n’existe pas à ce jour ». Et de renvoyer à une note de conjoncture datant de… 2017. Une modélisation du Statec était alors arrivée à la conclusion que « la moitié environ de la réduction des impôts bénéficierait au secteur financier, pour qui l’investissement physique constitue une très petite part de ses dépenses. […] En toute logique, les gains d’impôts distribués au secteur financier viendraient essentiellement alimenter les bénéfices ».
Dans ses questions, l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) revient, elle, à un des classiques de l’argumentaire patronal : la stagnation (voire la baisse) de la productivité nationale. Le Statec confirme : Entre 2015 et 2025, elle aurait chuté dans tous les secteurs sauf dans l’industrie et l’administration publique. Ce « repli » est particulièrement prononcé dans le commerce, mais également dans les « services aux entreprises » et les « services d’information et communication », pourtant au cœur de la place financière. Le Statec omet de préciser que le Luxembourg se place toujours dans le top 3 de l’OCDE, la productivité restant deux fois plus élevée au Grand-Duché que dans les pays voisins. (Quant à mesurer la productivité horaire dans une économie financiarisée, cela revient à clouer du pudding sur un mur : Comment la calculer pour un risk manager, un domiciliataire ou une spécialiste en profit shifting ?)
Reste que la tendance générale n’est pas exactement bonne. Le taux de profit affiche, lui aussi, un « repli marqué », tous secteurs confondus. « En raison notamment d’une progression bien plus forte de la masse salariale et de la part salariale dans la valeur ajoutée brute », note le Statec. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les actionnaires seraient dans la dèche : « La part des dividendes versés […] était de treize pour cent en 2015 et a atteint trente pour cent [du résultat brut] en 2025. » C’est trois fois plus qu’en France ou en Belgique, mais légèrement moins qu’en Allemagne.
Les questions de l’UEL révèlent sa stratégie pour la Tripartite ; à savoir une réédition de 2022-2023. L’organisation patronale veut ainsi savoir du Statec quels seront les effets d’un nouveau plafonnement des prix de l’énergie et « d’autres mesures » (comme une réduction des accises sur le gaz, le mazout, l’essence et l’électricité). Le but est clair : « Quel serait l’ordre de grandeur pour éviter que la prochaine indexation (après celle de juin) n’intervienne avant juin 2027? » Le plan B est esquissé dans la question suivante : « Quel serait le niveau d’aide aux ménages (ou aux salariés) qui serait nécessaire, pour que les quintiles 1 et 2 ne perdent pas de pouvoir d’achat dans l’hypothèse où aucune indexation n’interviendrait avant juin 2027 ? »