La Fédil s'inquiète d'un manque de capital humain

La pénurie

d'Lëtzebuerger Land vom 26.04.2001

« Les résultats de l'enquête ne nous ont pas vraiment surpris, » estima mardi, lors de la présentation de l'enquête sur Les qualifications de demain dans l'industrie, Nicolas Soisson, directeur de la Fédération des industriels luxembourgeois (Fedil). Que disent ces résultats ? Dans les deux à trois années à venir, les principales entreprises des quatre principaux secteurs de l'industrie luxembourgeoise - agro-alimentaire, boissons et tabac ; sidérurgie et transformation des métaux ; industrie chimique et parachimique ; bâtiment et travaux publics (BTP) - prévoient d'engager quelque 2 500 personnes dans tous les domaines, notamment techniques, et à tous les niveaux, du CATP à bac + 4. Une estimation que les 117 entreprises qui ont répondu au questionnaire ont probablement établi avec quelques réticences, car elles restent toujours tributaires des fluctuations conjoncturelles. Mais si elles l'ont quand même faite, c'est pour prouver une nouvelle fois, chiffres à l'appui, qu'il y a vraiment pénurie de main d'oeuvre dans le domaine des formations techniques.

Là aussi, pas de surprises, le manque de personnel technique est connu et ne touche pas uniquement l'industrie. Il y a un mois, le ministère de l'Éducation nationale, la Chambre de commerce et la Chambre des métiers tirèrent un bilan désastreux de l'apprentissage en entreprises : cette année, 410 places d'apprentis sont restées inoccupées - 216 en artisanat, 110 dans le secteur du commerce et des services, 69 dans l'horeca et quinze dans les métiers techniques de l'industrie. Par rapport à 1999/2000, année durant laquelle 670 jeunes purent être placés en apprentissage, les chiffres de cette année sont en net recul de quatorze pour cent (seule exception : un plus de quatre pour cent observé dans l'industrie). 

L'industrie luxembourgeoise est performante, explique en gros la plaquette d'information comprenant les résultats de l'enquête et destinée aux élèves et à leurs parents ; elle fut éditée par la Fedil, le ministère de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle et des Sports (Menfps), la Chambre de commerce, l'Administration de l'emploi (Adem) et le Ceps-Instead, aussi pour afficher leur partenariat dans la prévention du chômage. Dans la sidérurgie par exemple, une « industrie en changement permanent, exposée à la concurrence mondiale » qui doit « s'adapter, ou mieux, être l'initiateur du changement ». Ainsi, « elle investit dans la formation continue (de ses collaborateurs) et favorise la créativité et l'esprit d'entreprise ». Au-delà des 3 800 salariés produisant des pneus à Colmar-Berg, « le Grand-Duché de Luxembourg est bien connu et représenté sur le marché mondial par plusieurs entreprises de très haute renommée pour leurs produits chimiques et leur production en minéraux non-métalliques ». Et de continuer que « malgré les fulgurantes évolutions dans d'autres domaines, on peut toujours affirmer qu'à l'avenir les produits des entreprises de cette branche industrielle continueront à influencer notre vie quotidienne. » L'agro-alimentaire qui va « de la fourche à la fourchette » vante son innovation technique et l'automatisation des processus de fabrication et le domaine du BTP insiste sur le développement de ses activités - en trente ans, le nombre d'entreprises a doublé et l'effectif a triplé - et sur les besoins en innovation...

Old economy vs. New economy ? Alors que les entreprises de la nouvelle économie licencient, l'industrie affiche fièrement ses perspectives de développement. D'ici trois ans, elle veut embaucher 468 personnes dans les métiers de l'administration, de la gestion des entreprises et du commerce, 740 personnes dans les métiers techniques - dont 125 ingénieurs toutes qualifications, 109 électromécaniciens ou 207 mécaniciens de maintenance - et 1 290 personnes dans le domaine de la production, notamment 574 agents de fabrication, mais aussi 120 coffreurs ou 134 maçons. Selon les derniers chiffres du comité de conjoncture, l'Adem a enregistré 4 899 demandeurs d'emplois au 31 mars de cette année, un peu plus de la moitié bénéficient d'une mesure de réinsertion professionnelle. 

« Nous devons faire encore plus d'efforts pour orienter les jeunes selon leurs capacités, mais aussi selon les besoins du marché de l'emploi, estime Aly Schroeder, directeur du service de la formation professionnelle du Menfps. Nous devons tenter d'orienter plus de jeunes vers des métiers techniques et des formations du type CATP. Mais nous savons dès à présent que nous n'allons pas trouver assez de jeunes pour répondre aux besoins de l'industrie. Nous devons donc miser sur la réorientation, comme l'apprentissage adulte par exemple, ou la formation complémentaire. »

Tout indique que le marché national est loin de pouvoir subvenir aux besoins des entreprises, mais mardi, personne ne dit ouvertement ce que le Conseil économique et social revendique dans son avis sur L'évolution économique, sociale et financière du pays 2001 : « Si le flux de main d'oeuvre étrangère devait ralentir ou même s'arrêter, l'économie luxembourgeoise connaîtrait un sérieux ralentissement et les risques inflationnistes s'accentueraient. Il importera à l'avenir d'assurer une disponibilité suffisante de main d'oeuvre. Ceci peut se faire en priorité à travers le recours à des travailleurs frontaliers ou, à défaut, par une politique systématique d'immigration. Afin de doter l'économie luxembourgeoise de main d'oeuvre non-communautaire présentant les qualifications spécifiques requises, les autorités doivent modifier la législation en matière d'immigration et abolir les contradictions actuelles entre l'attribution des permis de séjour et des permis de travail » (page 99). 

Or, on se souviendra que le gouvernement a retiré les permis de travail aux réfugiés et demandeurs d'asile il y a presque un an, après plusieurs mois d'intégration assez réussie par le marché du travail. On se souviendra aussi de la révolte que ce retrait de permis de travail - pour le principe - avait non seulement provoqué auprès des associations de soutien des étrangers, mais aussi auprès des patrons. La mesure semblait pour le moins paradoxale.

À voir si le gouvernement entend l'appel de l'économie, non seulement de tenter une meilleure orientation professionnelle et d'affiner l'adéquation entre offre et demande de main d'oeuvre, mais aussi de répondre par une politique d'immigration plus intellitgente, répondant aux besoins de l'économie. À voir aussi si les parents encourageront leurs enfants à s'engager dans une formation de technicien ou d'ingénieur plutôt que d'avocat. Et si les jeunes se laisseront allécher par des formations avec un emploi garanti à la clé : dans l'industrie ou ...dans l'enseignement.

 

L'étude peut aussi être consultée sur www.fedil.lu

 

josée hansen
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