Le tressage traditionnel et des équipements automobiles vintage revisités : deux approches du design

Lenteur et vitesse

Hommage à l’automobile par Dante goods and bads
Photo: MBgo
d'Lëtzebuerger Land du 12.12.2025

Le hasard fait parfois découvrir des installations dans des institutions et des galeries qui prolongent la cinquième biennale De mains de maîtres. Ainsi, l’excellence s’est nichée au Centre culturel portugais, à Merl où une sorte d’amoncèlement de boules de couleur paille et éclatantes, orange, rouge, bleu foncé et azuréen, hirsutes, attirent l’œil du passant.

Corail, exposé en vitrine, pousse à franchir la porte de l’exposition Tissures (Tissages), qui présente une sélection de pièces de l’artiste Maria Joã Gomes en lanières de palmier. Elle reprend une technique d’assemblage artisanal de l’Algarve utilisée traditionnellement pour le travail de récolte. Maria Joã Gomes a été sélectionnée par la biennale consacrée à l’artisanat d’art pour son talent technique et formel à faire renaître un artisanat ancestral qui retrouve ici une vitalité transformée en art contemporain.

La concurrence effrénée de la production en masse d’objets « déco » à bas prix et de piètre qualité condamne à disparaître ce type d’inventivité authentique pour des pièces qui demandent un travail long et exigeant. Depuis le séchage des feuilles de palmier, leur découpe en lanières pour aboutir, comme dans Tissures, à ces sortes de colliers géants ovales et à ces bandes tressées cousues ensemble aux bord effilochés que la créatrice a, avec humour, appelée Chenille.

Comme Terra, quatre stèles de tresses enroulées autour de plots en bois qui s’inspirent des troncs de palmiers, soit du vivant et de la nature, conformément à la thématique de la biennale de cette année, Nature Singulière. La technique en spirale développée par Maria Joã Gomes, garantit la rigidité d’une autre pièce verticale, Pyramide, une pièce en forme de cône et d’Alabastro, sphérique. On pourrait se méprendre et voir dans Alabastro une poterie, autre technique à l’origine d’objets revisités du quotidien, coupes, corbeilles, vases. C’est dans ce type de rapprochements formels que la virtuosité technique de Maria João Gomes rejoint la perfection esthétique avec Càlice.

L’expression naturaliste de Maria Joã Gomes semble très éloignée de l’ensemble de mobilier présenté à la Galerie Liberté par Dante Goods and Bads, alias Christophe de la Fontaine et Aylin Langreuter. Une surprise de retrouver l’ « industrial designer » qui après avoir quitté son Luxembourg natal et perfectionné son savoir-faire chez la créatrice de meubles espagnole Patricia Urquila, a créé, en 2014 avec sa compagne l’artiste Aylin Langreuter des « collectors collections » en édition limitée.

Le rapprochement de Grande Liberté avec Tissures peut, a priori paraître impossible sur le plan de héritage formel comme celui de la fabrication. Mais le label « Dante Goods and Bads » certes distribué dans le monde entier, l’est dans des espaces d’art, comme dans cette galerie, ouverte récemment par Françoise Kuth. Formellement éprise du design d’exception, la femme ne pouvait que partager la passion de Christophe de la Fontaine et d’Aylin Langreuter pour l’automobile ou plus exactement, l’équipement automobile.

Les tissus de l’assise et du dossier des fauteuils AL13 des modèles Red Duster, Ipanema et Coupé trahissent l’inspiration d’une marque automobile de sport. La carcasse des sièges est en aluminium, laqué automobile, une technique reprise par les fabricants de mobilier design. Ce qui peut surprendre, c’est l’assemblage par boulonnage de la structure des fauteuils. Erreur ! Les marques de mobilier utilisent le moulage pour la production en série, alors que Christophe de la Fontaine n’a pas renoncé à la « marginalité » artisanale : entendez des éditions limitées à trois exemplaires seulement.

Pince sans rire, le nom de la série, Grande Liberté cache le risque face à la production simplifiée de masse des marques. Par exemple, l’acquéreur du canapé Serpentine en forme de circuit automobile sera bluffé par son confort ergonomique. La fabrication du tissu mousse et l’assemblage des pièces en cuir sont d’une qualité dont seuls les artisans du nord de l’Italie connaissent encore le secret et perpétuent la tradition.

Le repose-pied Pepita, en forme de selle de moto, contrebalance la rigueur conceptuelle de Christophe de la Fontaine par le « peps » d’Aylin Langreuter, qui donne sa signature « déjantée » » à Dante Goods and Bads. La cerise sur le (faux) gâteau de (vraies) pièces de moteur customisées. Posées sur la table d’appoint Darling.

Tissures, de Maria João Gomes à voir au Centre culturel portugais jusqu’au 10 janvier. Grande Liberté de Goods and Bads jusqu’au 24 décembre à la Galerie Liberté

Marianne Brausch
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